Les classes inversées avec le numérique

Lien vers notre présentation Prezi

      Nous nous sommes intéressées à un sujet d'actualité qui est l'école numérique et plus précisément le dispositif de classes inversées. Le modèle de classe inversée est très flexible : nous pouvons l’utiliser dans différentes disciplines et dans différents cycles. Les classes inversées permettent de passer d’un modèle centré sur le professeur à un modèle centré sur l’élève : le maître passe du face-à-face au côte-à-côte. Nous cherchons à définir en quoi le dispositif de classes inversées avec le numérique peut-il être une aide aux apprentissages ?

I. Les classes inversées : de quoi s'agit-il ?

  1. Historique
  2. Définition et parallèle entre pédagogie classique et pédagogie inversée
  3. Mise en oeuvre
Transition : Contrainte d'une connexion obligatoire et alternatives possibles. II. Les objectifs de l'enseignant
  1. Adapter la pratique pédagogique
  2. Un exemple de plateforme : l'ENT Iconito
  3. En terme de compétences (savoir, savoir-faire, savoir-être)
III. Les compétences chez l'apprenant (le vécu)
  1. En quoi le dispositif donne-t-il du sens ?
  2. Acquisitions des compétences
 

Les outils TICE pour des élèves sourds ou malentendants

Nous serions heureux de pouvoir échanger avec vous le vendredi 28 avril 2017 à l'occasion du barcamp organisé dans le gymnase accolé à l'ESPE, atelier numéro 9, à partir de 14h00 !

Vous pourrez également retrouver notre prezi en cliquant ici ou .

Nous avons décidé de centrer nos recherches sur la scolarisation des élèves sourds et malentendants en nous focalisant notamment sur la manière dont l'école s'approprie les nouvelles technologies pour ces élèves.

Nous veillerons à rester les plus neutres possible en montrant les différents dispositifs au service d’une école inclusive mais aussi les limites que celle-ci peut soulever (faut-il par exemple ouvrir ce dispositif à l’ensemble de la communauté éducative ?).

Afin d’être le plus précis possible, notre recherche nous a conduit à solliciter des professionnels (sondages, interviews) permettant ainsi d'apporter différents points de vues sur notre sujet.

Définition du handicap sourd et malentendant
Il n'y a pas de réel consensus autour de la définition des mots "sourd" et "malentendant" tant la frontière est proche. Néanmoins, dans le cadre de nos prochains développements nous entendrons par :
  • Sourd: Une personne privée totalement du sens de l'ouïe. Il s'agit alors de la cophose (soit une perte complète de l'audition).
  • Malentendant : Une personne dont l'acuité auditive est perturbée.
Une personne malentendante peut donc percevoir des sons à des degrés différents. Les degrés de surdité comprennent quatre niveaux : La surdité légère qui implique une perturbation des sons les plus aigus et affecte peu la compréhension des échanges oraux. La surdité moyenne qui affecte la perception des sons les moins forts. L'élève sera gêné en présence de bruits parasites. La surdité sévère compromet plus lourdement la compréhension et la perception des sons (de la parole). Certains sons ne seront pas perçus même en élevant la voix. Les risques de confusion et de contresens seront accrus. La surdité profonde : les sons de la parole ne sont pas perçus. Une évolution législative permanente
Dans le cadre de l’école inclusive, la loi de 2005 vient définir le cadre de la scolarisation des enfants en situation de handicap. Cette loi dispose en son article Art. L. 112-2-2. "Dans l'éducation et le parcours scolaire des jeunes sourds, la liberté de choix entre une communication bilingue, langue des signes et langue française, et une communication en langue française est de droit. Un décret en Conseil d’État fixe, d'une part, les conditions d'exercice de ce choix pour les jeunes sourds et leurs familles, d'autre part, les dispositions à prendre par les établissements et services où est assurée l'éducation des jeunes sourds pour garantir l'application de ce choix." De plus elle précise que les élèves en doivent pouvoir bénéficier autant que de nécessaire de langue des signes française. “Celle ci est reconnue comme une langue des signes à part entière” (article L.112-2-2). Aucune formation spécifique n'est nécessaire pour les enseignants. Autrement dit, la loi du 11 février 2005 portant sur "l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées" posent deux principes fondamentaux : celui de l'intégration scolaire et celui du choix pour les parents de la forme d'enseignement spécifique et adapté à leur(s) enfant(s). Cette loi prend en compte la Langue des Signes Française (LSF) comme une langue à part entière (article 75) ainsi que les besoins spécifiques et adaptés aux enfants sourds et malentendants : interprète en LSF, codeur en Langue française Parlée Complétée (LPC) (article 78). Les nouveaux programmes (2015 entrée en vigueur en 2016)

Dès leur entrée à l'école maternelle, les outils TICE sont présents dans leur quotidien. Ils permettent grâce à des activités adaptées (écriture, recherche documentaire..) de "Mobiliser le langage dans toutes ses dimensions", "Agir, s'exprimer, comprendre à travers les activités artistiques", " Explorer le monde" .

L'interdisciplinarité nous permet de retrouver les outils TICE dans tous les enseignements, du cycle 2 au cycle 4. Depuis la loi de 2005, l'inclusion d'un élève en situation de handicap est possible à travers toutes les disciplines. L’Éducation Physique et Sportive (EPS) ou l’Enseignement Moral et Civique (EMC) restent les matières les plus appropriées. A travers les différents cycles, un des objectif de l’EPS est de permettre l’inclusion des élèves à des besoins éducatifs particuliers ou en situation de handicap sur une base de respect et d’égalité de tous. Également pour l’EMC, qui va permettre d’aborder des questions et des points de vues des élèves. Il va être possible d’aborder l’inclusion, l’égalité, l’acceptation des différences d’une manière préparée et organisée. Tout ceci est à mettre en lien avec le domaine 3 du socle commun qui prépare à la formation du citoyen.

Ressources techniques
En soit, les ressources techniques sont un des éléments permettant de faciliter les apprentissages des élèves présentant une déficience auditive. A cela s'ajoute les ressources humaines que nous verrons dans un prochain développement.
  • Parmi les appareillages auditifs :
    • les contours d'oreilles : Il existe des contours d'oreilles de différentes puissances ce qui permet d'adapter ce type de prothèse à quasiment tous les niveaux de perte auditive.
    • intra-conduits et mini intra-conduits: L'intra auriculaire est une oreillette qui se loge à l'intérieur de l'oreille dans le conduit auditif.
    • Implant cochléaire: appareil ultra miniaturisé pour des personnes souffrant d'une perte auditive importante. Cette technique nécessite une intervention chirurgicale. Un microphone capte les signaux sonores avant de les transmettre à un processeur vocal qui les traduira et les transmettra à des électrodes capables de stimuler le nerf auditif.
    • La nouvelle génération d'aide auditive: elle utilise les technologies sans fil ( bluetooth) pour se connecter à la télé, au MP3, au téléphone...
  • Parmi les supports visuels :
    • Le Tableau Blanc Interactif comme complément visuel :  en complément d'un traducteur en langue des signes et d'une Auxiliaire de Vie Scolaire (AVS), l'enseignant utilise le TBI qui permet aux élèves de mieux comprendre ainsi de ne pas décrocher, notamment quand le sujet est une notion difficile ou abstraite. Cet outil interactif peut éviter en partie le décrochage scolaire pour des enfants ayant des difficultés d'audition
    • Vidéo-projecteur
    • Site web, mails
    • La photographie permet d'illustrer des concepts étudiés dans différentes matières (musique, sciences...)
    • Des vidéos sous-titrées : Le site de VOD pour les sourds et malentendants : des dessins animés sous-titrés pour les enfants http://www.iguane-video.fr/?id_category=12#ancre-menu-bas
    • "Lire ensemble", est un site du gouvernement proposant des ouvrages en ligne adaptés en LSF
  Ressources humaines
L'inscription dans une école est suivie par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH). Ces établissements sont des groupements d'intérêt public, sous la tutelle des Conseils Départementaux, intervenant auprès des personnes en situation de handicap. Une fois la demande effectuée par les parents, la MDPH propose un Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS) dans le but d'organiser la scolarité de l'élève. Ceci va permettre d'assurer la cohérence dans le parcours de l'élève entre les différents professionnels. Le projet va permettre de définir les difficultés de l'élève et ainsi de définir ses besoins. Il va ensuite être décidé d'affilier une personne en plus dans le but d'aider à la scolarisation de l'élève : auxiliaire de vie scolaire (AVS), membres du Réseau d'Aide Spécialisé aux Elèves en Difficultés (RASED).
  • Un auxiliaire de vie scolaire (AVS) peut intervenir dans la classe comme aide supplémentaire auprès de l'enseignant.
  • Les Réseaux d'Aides Spécialisées aux Élèves en Difficulté (RASED) regroupent des psychologues scolaires et des professeurs d'écoles spécialisés. Les membres de ce réseau ont pour mission de renforcer les équipes pédagogiques des écoles, ils aident à identifier les obstacles ou à établir des objectifs spécifiques.
Protocole équipe éducative

Il est indispensable de préparer l’accueil d’un élève sourd, pour cela l'enseignant rencontre tous les professionnels en collaboration autour de l’élève afin d’installer une cohérence des actions. Il est nécessaire de créer un projet personnalisé de scolarisation (PPS), ainsi l’élève peut être en classe ordinaire tout en ayant un suivi de sa scolarité. Il va être alors possible de voir si ce lieu de scolarisation est un choix judicieux ou non.

Il peut aussi être judicieux de mettre en place un Projet d’Accompagnement Personnalisé permettant d'alléger l’effort de l’élève et d’aménager un rythme d’apprentissage en lien avec sa fatigue. L’enseignant sera forcément entouré de partenaires, un enseignant spécialisé ayant un Certificat d’Aptitude professionnelle pour les Aides Spécialisées - les enseignants adaptés et la scolarisation des élèves de handicap (CAPA. SH). Les différents professionnels entourant l’élève dans sa scolarité varient en fonction des besoins de l’élève mais généralement les professionnels suivant sont présents :

  • médecin compétent sur la surdité (ORL)
  • psychologues
  • assistants de service social
  • orthophonistes

Il peut également être proposé :

  • des codeurs Langage Parlé Complété (LPC)
  • des enseignants spécialisés
  • des éducateurs spécialisés ou moniteurs-éducateurs
  • d’autres professionnels de la rééducation : psychomotriciens, ergothérapeutes…
http://www.surdi.info/index.php/site_content/123-scolarisation/119-scolariser-un-enfant-sourd   Témoignages  - État des lieux
Nous avons pris contact avec Le centre Gabriel Deshayes à Brech dans le Morbihan. Cette association loi 1901 déclarée au Journal Officiel le 31 décembre 1991 promeut les personnes handicapées sensorielles et est une référence locale pour la prise en charge et l'intégration de personnes souffrants d’une déficience. Le responsable du centre nous a mis en relation avec un codeur Langage Parlé Complété (LPC).
  • Son parcours : sa formation, son métier
Magalie est titulaire d'une licence en sociologie, elle a travaillé pendant quelques années dans un centre de vacances (centre socio-culturel) et dans des associations d'aides aux devoirs. Par la suite, elle devient Auxiliaire de Vie Scolaire dans un lycée, c'est à ce moment qu'elle entend parler de la formation codeur Langage Parlé Complété (LPC) à Paris. Après une licence professionnel codeur LPC, d'une durée de un an, elle travaille sur Nantes dans un Services de Soutien à l’Éducation Familiale et à l'Inclusion Scolaire (SSEFIS). Actuellement, elle travaille comme codeuse LPC à Gabriel Deshayes situé à Brech (56400). Sa mission est de favoriser la réception des messages oraux en classe en utilisant différents moyens : le geste, le dessin, la reformulation, ou aux autres adaptations selon les besoins de l'élève.
  • Le fonctionnement de l'école Gabriel Deshayes
Le fonctionnement de l'école s'adapte d'un élève à l'autre selon son degré de surdité. Les élèves ayant une surdité élevée sont scolarisés à temps complet à Gabriel Deshayes afin d'acquérir des stratégies de compensation : lire sur les lèvres, apprentissage de la lecture en communiquant en langage des signes, être autonome, construire sa position d'élève. Dans le but qu'un jour il soit possible pour eux d'être scolarisé dans une école typique. Les autres élèves sont scolarisés à mi-temps entre Gabriel Deshayes et une école classique selon leur facilité. C'est à ce moment où le rôle de Magalie et des autres codeurs est important. Ils vont accompagner ces élèves dans les classes pour les aider à s'intégrer dans la classe. Afin qu'ils ne soient pas perturbés par les bruits de fond ou le fonctionnement de la classe. Les parents prennent contact avec la MDPH puis avec l'école Gabriel Deshayes. A partir de là, l'inscription de l'élève s'effectue dans cet établissement, ceci va entrainer un accompagnement pédagogique de l'élève par un codeur dans son établissement scolaire d'origine ou uniquement à Gabriel Deshayes. Gabriel Deshayes accueil 76 enfants, dont une dizaine d'enfants avec des troubles type "dys". Magalie suit une dizaine d'élève, ce qui entraine une masse de travail assez important et un emploi du temps varié avec un changement régulier d'école afin d'accompagner tous les élèves qu'elle suit.
  • Quels outils ?
Elle travaille spécifiquement avec ses mains, sans utiliser le langage des signes. Le codage LPC est spécifique, cet outil s’appuyant sur les phonèmes de la langue française. Elle n'utilise pas d'outil particulier, mais a déjà été confrontée à l'utilisation d'un microphone relié de l'enseignant jusqu'à l'oreille de l'élève. De son point de vue, ce type de système n'est pas très pratique, car l'instrument d’enregistrement capte tous les bruits parasites et peu donc amener une gène pour l'élève.
  • Les difficultés
Il peut y avoir des difficultés en lien avec la situation, l'élève rejette la présence du codeur, souvent ceci est lié avec l'avancé en âge de l'élève. Plus il grandi, moins il accepte cet accompagnement permanent. La difficulté d'inclusion dans la classe est peu rencontrée. Le plus souvent les autres élèves acceptent l'élève sourd une fois la situation de handicap expliqué dans sa globalité : le fait de ne pas faire de bruit parasite, parler en face pour qu'il puisse lire sur les lèvres, et autres astuces à adopter. Les difficultés face aux apprentissages varient d'un élève à l'autre, ces difficultés sont aussi liées à la famille, aux professeurs de l'équipe éducative. Elle précise qu'il faut surtout prendre en compte la diversité socio-culturelle afin d'adapter son travail, sa place, son rôle aux besoins et aux désirs de l'élève. Cette maniabilité rend le travail intéressant car il est différent d'un élève à l'autre.
  • L'inclusion scolaire sur la vie professionnelle
L'inclusion scolaire amène les élèves à avoir un bon niveau scolaire de plus en plus d'élèves sourds peuvent continuer leur scolarité dans des établissements supérieurs. Malheureusement certaines filières ne sont pas ouvertes. Il faut bien entendu que le choix de leur formation ne soit pas pénalisante, exemple : standardiste. Malgré la réussite scolaire de ces élèves  l'inclusion professionnelle reste difficile même avec le statut de travailleur handicapé et les nouvelles lois mises en place. Les petites structures ont des difficultés à mettre en place des solutions technologiques pouvant aider à l'intégration du travailleur. N'ayant pas pu nous recevoir, Monsieur RAFFA, Enseignant en charge du numérique, Circonscription de Vannes et ASH, DSDEN 56 a pris le temps de répondre
  • Quel est votre parcours professionnel ? (formation, métier...)
Je suis professeur des écoles.
  • Quel est votre réseau de professionnel traitant également sur cette question ?
Je suis en rapport avec les enseignants référents de l’éducation nationale, le SSEFIS de Brech, les audioprothésistes.
  • Etes vous directement au contact des enfants ?
Cela peut arriver mais c’est assez rare.
  • Quels sont les outils numériques mis à dispositions des classes ? Quel outil numérique est appliqué dans les classes ?
Pour améliorer les compétences en lecture labiale, il est possible d’utiliser une synthèse vocale avec suivi et/ou une mise en évidence des syllabes, des phonèmes.  Pour les adaptations hors appareillage auditif (prothèses, implants, micros HF), il vaut mieux prendre l’attache du SSEFIS de Brech. Des applications d’apprentissage du LPC ou de la LSF doivent être utilisées sur les supports numériques à dispositions de l’élève (si TSL lié)  

Les jeux sérieux

(Vous venez faire un tour ici après le Barcamp ? Cliquer ici pour voir notre prezi)

Selon Julian Alvarez, les jeux sérieux (serious games) sont une: "Application informatique, dont l'objectif est de combiner à la fois des aspects sérieux (Serious) tels, de manière non exhaustive, l'enseignement, l'apprentissage, la communication, ou encore l'information, avec des ressorts ludiques issus du jeu vidéo (Game). Une telle association a donc pour but de s'écarter du simple divertissement." [Du Jeu vidéo au Serious Game  : approches culturelle, pragmatique et formelle. Thèse spécialité science de la communication et de l'information. Toulouse : Université" de Toulouse II (Le Mirail), Université deToulouse III (Paul Sabatier), décembre 2007, 445 p.]

I: Définitions, typologie et historique II: Cadre institutionnel du ludique à l'école primaire III: Etat des lieux à l'école primaire  

Comment remédier aux difficultés de lecture par l’intermédiaire des TICE?

« La nouvelle génération silencieuse », c’est ainsi que l’on surnomme les enfants nés à l’ère du tout digital. En effet, bercée par les nouvelles technologies, cette génération utilise l'outil informatique tout au long de la journée. C’est pourquoi il apparaît depuis une vingtaine d’années essentiel d’intégrer durablement le numérique dans l’institution scolaire. Les Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement, appelées communément les TICE, sont des outils pédagogiques (logiciel, outil en ligne, site web, …) ayant l’ambition de former correctement les élèves à l’usage de ces nouvelles technologies.

I)-Le contexte 

A- Le numérique à l'école (dans les textes et en pratique)

Envisagée depuis les années 1920, l’entrée des nouvelles technologies à l’école s’est progressivement faite. Depuis 2002, chaque élève se voit décerné une attestation de compétences informatiques, appelée B2i. L’apparition, en 2005, du socle commun de connaissances et de compétences décliné en sept points, indique « la maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication ». Cette compétence spécifique est attendue à la fin du collège puisque, depuis 2007, il est obligatoire de la valider afin d’obtenir le Brevet des Collèges. Aujourd’hui, le numérique est partout dans l’école. Dans le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture, l’informatique est intégré dans les programmes du premier degré dans un souci de cohérence avec le monde actuel. De plus, la circulaire n°2012-020 du 26 janvier 2012 spécifie la formation au numérique des enseignants. Le référentiel de compétences indique également une compétence commune pour les professeurs et les personnels de l’éducation : « Intégrer les éléments de la culture numérique nécessaires à l’exercice de son métier ». Le numérique n’est donc plus enseigné comme une entité d’apprentissage en tant que telle mais il entre au sein même des enseignements. Son usage est alors un enjeu majeur de l’école d’aujourd’hui visant à lutter contre la fracture numérique, des disparités importantes selon les environnements familiaux et à former les élèves à un usage responsable du réseau numérique. Pour les enseignants, il s’agit également d’une nouvelle dynamique pédagogique. En pratique, dans les classes, il peut y avoir un TBI (Tableau Blanc Interactif) ou des ordinateurs en fond de classe, ce qui est fortement conseillé. Malgré cet élan, il existe une grande disparité selon les écoles. De surcroît, l’enseignant garde sa liberté pédagogique et a donc le choix d’utiliser ou non ces différents outils. Néanmoins, un effet positif de l’usage du numérique à l’école est reconnu par de nombreuses études. Ce sont de nouveaux outils didactiques pour l'enseignant et de nouveaux supports d'apprentissage pour les élèves.

B- Les difficultés de lecture

Nous choisissons ici de traiter les difficultés de lecture dites « courantes » et qui ne relèvent pas du domaine médical. En d’autres termes nous excluons de cette étude les troubles spécifiques du langage (TSL) dont la dyslexie qui est le trouble affectant le plus la lecture. Les difficultés que nous abordons sont celles relatives aux différentes connaissances et compétences mobilisées par la lecture aux différents niveaux de la scolarité primaire. Il s’agit tout d’abord de difficultés d’ordre linguistique telles que celles liées à la conscience phonologique (capacité à identifier les phonèmes) développée dès la maternelle. Selon le rapport Lire et écrire de 2015, à l’entrée au CP, 50% des enfants ne réussissent pas plus de 7 items sur les 34 de l’épreuve de phonologie et le taux de réussite n’est que de 10,13% ; il passe à 64,5% à la fin du CP. S’ajoutent les difficultés liées à la conscience alphabétique (capacité à identifier les graphèmes) et au code alphabétique (identification des mots, correspondance graphophonologique et combinatoire). Enfin, parmi les difficultés linguistiques, le lexique est un élément fondamental et on observe de grands écarts en termes de mots connus entre les élèves tout au long de la scolarité. Par ailleurs, comme la lecture n’est pas que la maîtrise d’un code mais aussi un acte nécessitant la compréhension, d’autres difficultés d’ordre cognitif s’ajoutent à celle sus mentionnées et en découlent le plus souvent. En effet, plus les difficultés linguistiques sont grandes, plus les automatismes sont difficiles à acquérir et moins le déchiffrage est automatisé, moins la compréhension est aisée. Mais les difficultés de compréhension relèvent également de compétences culturelles telles que les notions de types d’écrit et de fonctions des écrits et plus largement de la connaissance que les élèves ont du monde, ce qui renvoie au lexique. S’il est vrai que les élèves sont censés avoir atteint un niveau expert au cycle 3, il n’en demeure pas moins que certains éprouvent encore des difficultés relatives à la fluence et à la rapidité de lecture. On note enfin des difficultés liées à la capacité à mettre en œuvre des stratégies efficientes et à les réguler en fonction des supports.  

II)-Lutter contre les difficultés de lecture par l'intermédiaire des TICE

A- Typologie des ressources

Lorsque nous entendons l’acronyme TICE, nous pensons tout de suite aux logiciels. Cependant, les TICE renvoient dans un premier temps aux différents supports utilisés pour permettre de s’informer et de communiquer dans le cadre de l’enseignement. L’ordinateur est le premier outil informatique à avoir intégré l’école. Depuis peu, il est suivi de la tablette numérique et du TBI (Tableau Blanc Interactif). Ces trois outils sont connectés à internet et l'ordinateur est bien souvent équipé d'un lecteur CD-ROM, ce qui permet aux enseignements et aux élèves d’avoir accès à différentes ressources pour remédier aux difficultés de lecture.

Parmi ces différentes ressources, les plus célèbres sont les logiciels éducatifs proposant des exercices ludiques. Ces logiciels, payants ou gratuits, sont téléchargés sur un ordinateur ou une tablette. Ils s’adressent à un public varié (différents cycles, élèves en difficulté ou non, élèves en situation d’handicap ou non) et, bien qu'accessibles à la maison, ils sont principalement utilisés dans le cadre de l'école. Les exercices proposés ont pour but d’évaluer l’élève, de lui faire faire des exercices d’entrainement, de renforcer ou bien d’initier un apprentissage. Parmi les logiciels les plus connus concernant la remédiation en lecture, nous trouvons:

« Moi...je sais lire », « 1000 mots », « Lectra mini », « Aspimots » ou bien « ELSA ».

[caption id="attachment_640" align="aligncenter" width="319"]logiciel d'entrainement à la lecture Lectramini Logiciel d'entrainement à la lecture Lectramini[/caption] [caption id="attachment_639" align="aligncenter" width="376"]Logiciel de remédiation à la lecture 1000 mots Logiciel de remédiation à la lecture 1000 mots[/caption]

Autres que les logiciels d’exercices, il existe également les jeux sérieux afin de remédier aux difficultés de lecture. Beaucoup moins démocratisés en classe que les logiciels vus ci-dessus, les jeux sérieux sont bien souvent des jeux de rôle, où l’élève-héros évolue dans un monde semblable ou non au nôtre. Tout comme les logiciels, ces jeux peuvent être payants ou gratuits, ils s’adressent à différents publics et peuvent être pratiqués aussi bien à la maison qu’à l'école.

[video width="1280" height="720" mp4="http://python.espe-bretagne.fr/prodm1vannes/wp-content/uploads/2016/11/imagana-les-clés-du-jeu-de-Mô-séquences-de-jeu.mp4"][/video]

Toujours dans le cadre des TICE ludo-éducatifs permettant de remédier aux difficultés de lecture, il existe le jeu en ligne. Contrairement au logiciel que l’on télécharge et que l’on installe sur l’ordinateur ou la tablette, le jeu en ligne est accessible exclusivement sur internet, il ne nécessite aucun téléchargement.

Cf. http://www.logicieleducatif.fr/index_lecture_sons.php

Tous ces TICE de remédiation à la lecture permettent de travailler les sons, la compréhension, la segmentation et la construction des phrases, le vocabulaire, l’orthographe et la grammaire.

B- Une aide à la différenciation 

La différenciation pédagogique est une "démarche qui cherche à mettre en œuvre un ensemble diversifié de moyens et de procédures d’enseignement et d’apprentissage, afin de permettre à des élèves d’âges, d’aptitudes, de comportements, de savoir-faire hétérogènes, mais regroupés dans une même division, d’atteindre par des voies différentes des objectifs communs » (définition proposée par l’inspection générale de l’Education nationale, 1980). Il s'agit pour les enseignants de proposer des activités différentes en fonction des besoins des élèves. Afin de répondre aux différents besoins des élèves, nous constatons que les TICE et ses différentes ressources peuvent être intéressantes à exploiter lors de l'apprentissage de la lecture dans la classe. Elles permettent de préparer et de mettre en place des situations pédagogiques prenant en compte la diversité des élèves, d'utiliser des ressources adaptées et de différencier les parcours et les vitesses d'apprentissage selon leurs difficultés. Les logiciels que nous avons vu précédemment, ont été approuvés à plusieurs reprises comme des outils permettant une remédiation aux difficultés de lecture. Ils permettent aux élèves de s’entraîner de façon autonome, ou accompagnée avec un outil interactif et ludique. Ils sont d'autant plus intéressants lorsque l'enseignant peut introduire ses propres données, accéder à des paramétrages et afin de proposer une remédiation individualisée. La différenciation par les TICE s'opère de façon différente dans les classes selon les enseignants et leur organisation.  

III-Regard critique 

A- La place de l'enseignant en question

Comme nous l’avons vu précédemment, l’institution se montre explicitement en faveur de l’intégration des TICE à l’école. Toutefois, certains enseignants ne partagent pas cette orientation. Alors que le ministère considère les TICE comme une source de plus-values y compris au niveau des relations entre enseignant et élèves (favoriser l’interactivité au sein de la classe, accompagner les élèves par des échanges après la classe ou encore individualiser l’enseignement et l’apprentissage) [1], une partie du corps enseignant craint jusqu’à la disparition de sa profession, pointant du doigt une déshumanisation de la société. Ainsi, à l’approche de la rentrée 2016, L’Observateur donnait la parole à quelques signataires de l’Appel de Beauchastel dans un article titré « Contre « l’invasion numérique » à l’école, ces enseignants entrent en résistance »[2], évoquant une guerre des technosceptiques contre les transformations en marche du système éducatif. Dans le texte, l’Appel de Beauchastel est une critique acerbe du plan numérique mis en œuvre par François Hollande. Les arguments y sont autant d’ordre économique que pédagogique et écologique ; l’accent est mis sur la dégradation des relations humaines et les impacts négatifs sur les apprentissages. L’un des enseignants interrogé affirme ainsi : « Les TIC sont présentées comme la panacée aux problèmes d’apprentissage et au désinvestissement supposé de l’école par les enfants et adolescents. Je pense au contraire que ces prétendus remèdes aggravent les maux qu’ils sont censés combattre ». Dans un article un peu plus ancien, Chritine Vaufrey, pionnière des MOOC (Massive Online Open Course) en France, résume avec clarté la situation[3]. Elle explique en effet que les TICE ne représentent un danger pour le corps enseignant que si elles sont envisagées comme telles et donc employées de manière inappropriée, déstabilisant la relation pédagogique. Au contraire, si elles sont mises « au service d'activités créatives qui cassent la routine, sont valorisées dans l'espace public, permettent aux apprenants de faire preuve d'habiletés habituellement peu sollicitées dans le travail scolaire », les TICE améliorent cette relation. Comme de toutes choses il s’agit avant tout d’en faire un usage raisonnable et raisonné.  

B- Les autres limites 

Il convient de s’interroger sur les avantages de l’utilisation des outils numériques dans la pratique de classe. Il est clair qu’une manipulation de l’informatique par les enfants leur permet de s’imprégner des logiciels, des outils informatiques mais aussi de développer des compétences et un vocabulaire autour du monde du numérique, dans lequel ils baignent en dehors de l’école. L’inclusion du numérique à l’école à travers le TNI ou des salles informatiques, permet de réduire une fraction sociale exercée en dehors de l’école (respect du principe d’égalité des chances). L’école à pour objectif que les élèves soient responsables de leurs actes: il existe une charte informatique que les enfants doivent signer pour utiliser les ordinateurs. Cette charte consiste en un règlement d’utilisation de la salle informatique et prévoit des sanctions si les règles sont enfreintes. Ainsi, la charte permet de sensibiliser les jeunes à une utilisation responsable et citoyenne des TICE. Du point de vue de l’enseignant, le TNI représente un gain de temps considérable, car ce que l’enseignant note au tableau peut être sauvegardé, réexploité lors de d’autres séances, ou l’année scolaire suivante. Les élèves sont aujourd’hui de plus en plus friands d’images. Eric Charbonnier, expert de l’éducation à l’OCDE confiait en septembre 2015 au journal 20 minutes que « Le numérique n’est pas la solution miracle à l’école. Tout dépend de la façon dont on fait travailler les élèves avec ». Intégré à l’école, le TNI apporte une solution ludique et pédagogique à l’enseignant pour proposer des exercices colorés, animés et permet de varier contenus et supports. En ce sens, il aide les élèves en stimulant divers moyens mémoriels: la vue, le toucher (la manipulation tactile sur le TNI), et l’ouïe. Les TICE en classe doivent permettre la différenciation, notamment celle de la vitesse d’apprentissage qui varie d’un élève à un autre. Ainsi, l’effet immédiat du TNI permet à l’enseignant d’intervenir en direct sur une erreur commise par un élève au tableau, de proposer une remédiation adaptée à la situation. Il demeure cependant une interrogation autour de la remédiation à tous les types de difficulté, notamment aux enfants atteints de “dys” ou de troubles de l’attention. L’intégration des TICE dans l’univers scolaire n’a pas remporté un franc succès chez tous les professionnels de l’enseignement. En effet, certains enseignants qui ne sont pas à l’aise avec l’informatique ont dû s’adapter et recevoir des formations pour exploiter le TNI. Les futurs enseignants reçoivent aujourd’hui une formation à l’utilisation des TICE au cours de leur formation initiale (B2I, C2I, formation au numérique dans les ISFEC et ESPE), sans pour autant pouvoir manipuler le TNI. Se pose ensuite la question de la surexposition des enfants aux médias (à l’école et dans la sphère familiale) qui risque de les plonger, comme le pense Slah Edine Ben Fadhel, docteur en psychologie, dans un monde construit à partir d’images, affectant ainsi leur capacité à distinguer le réel de l’irréel.  Il devient de plus en plus complexe de stimuler le processus créatif des élèves habitués à recevoir des images et non à en produire. On peut donc se demander si l’école, en voulant donner un accès égal à tous les élèves au monde du numérique, ne conditionne pas les élèves à n’apprendre et à ne se satisfaire que d’images?

[1] Document Eduscol : Le développement des usages des TICE

[2] http://rue89.nouvelobs.com/2016/08/29/contre-linvasion-numerique-a-lecole-enseignants-resistance-264989 [3] http://cursus.edu/article/6077/les-tice-concurrentes-alliees-enseignant/#.WGp1ofk182x