Élèves handicapés : quelle inclusion ?

               Chaque enfant handicapé a le droit d’aller à l’école. Rappelé par la Loi du 11 Février 2005, ce principe fondamental d’égalité a connu un impact concret, avec un boom de la scolarisation en 10 ans. Alors qu’à la rentrée 2017, près de 300 000 élèves handicapés ont effectué leur rentrée, comment l’école répond-elle à cet enjeu?

 

Comment scolariser des élèves en situation de handicap ?

Constitution du dossier

Pour favoriser la scolarisation et ainsi répondre aux besoins éducatifs particuliers des élèves en situation de handicap, le gouvernement assure répondre à la construction d’un projet personnalisé de scolarisation (PPS) aussi opérationnel que possible dès lors que la famille a saisi la maison départementale des personnes handicapées (MDPH).

Analyser les besoins et évaluer les compétences de l’élève sont ensuite déterminantes pour amorcer dans les meilleures conditions une scolarité. L’école, la famille et l’enseignant doivent agir en partenariat.

Élaboration du PPS

C’est à partir des besoins identifiés que l’équipe pluridisciplinaire de la MDPH installe le PPS de l’élève en situation de handicap, en tenant compte des souhaits de l’enfant et de ses parents. C’est par ce projet que la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CPAPH) prend alors les décisions utiles.

Le PPS est l’outil de pilotage du parcours de scolarisation, en assurant la cohérence d’ensemble du parcours scolaire de l’élève en situation de handicap.

Il organise et définit les modalités de déroulement de la scolarité coordonnées avec les mesures permettant l’accompagnement de celle-ci ainsi que les actions pédagogiques, éducatives, sociales, médicales et paramédicales répondant aux besoins de l’élève décidées par la (CDAPH). La scolarisation peut être individuelle ou collective, en milieu ordinaire ou en établissement médico-social.

Le PPS définit les modalités de déroulement de la scolarité en précisant, si nécessaire :

  • la qualité et la nature des accompagnements, notamment thérapeutiques ou ré-éducatifs
  • le recours à une aide humaine individuelle ou mutualisée
  • le recours à un matériel pédagogique adapté
  • les aménagements pédagogiques

Le suivi et l’accompagnement

Une équipe de suivi de la scolarisation (ESS) facilite la mise en œuvre du PPS et assure l’accompagnement de chaque élève.

C’est l’enseignant référent de chaque élève qui réunit l’équipe de suivi et veille à la continuité et à la cohérence de la mise en œuvre du PPS, puisqu’il est l’interlocuteur privilégié des acteurs du projet. Présent à toutes les étapes du parcours scolaire, il est compétent pour assurer le suivi du projet des élèves scolarisés dans les établissements du premier et du second degrés ainsi que dans les établissements médico-sociaux. Il réunit les équipes de suivi de la scolarisation (ESS) pour chacun des élèves dont il est le référent et assure un lien permanent avec l’équipe pluridisciplinaire de la MDPH.

Le gouvernement assure ainsi que toutes ces procédures vont permettre aux enfants en situation de handicap d’intégrer le monde de l’école dans les meilleures conditions, mais qu’en est-il réellement ?

 

 L’enfant handicapé à l’école : quelle réalité?


Source : Cnesco, Conseil national d’évaluation du système scolaire.

 

Egalité, liberté :  l’école inclusive est Républicaine !

 

C’est certain, l’école inclusive participe à l’incarnation d’une valeur fondamentale de notre République : l’égalité. En facilitant l’accès à tout enfant, en situation de handicap ou non, à  l’espace de vie et de partage citoyen qu’elle représente, l’école tend à créer une société plus égalitaire. En évoluant dans un système perçu comme normal, les élèves handicapés, reconnus, acceptés comme faisant partie du groupe-classe, peuvent se sentir dans un rapport d’égalité plus réel. De plus, le fait que, dès le plus jeune âge, l’institution scolaire propose des solutions à tous envoie un message de solidarité aux individus concernés par le handicap (il est évident que l’égalité passe aussi par l’appui aux personnes en situation difficile).

L’école inclusive permet également aux élèves handicapés d’accéder à davantage de droits, notamment dans leur choix d’établissement. En cela, une école inclusive véhicule une autre des valeurs de la République : la liberté.

Bien sur, l’inclusion incarne le principe de non-discrimination, désormais inscrit dans la Constitution. Même si l’école ne peut refuser l’accueil d’élèves en situation de handicap, les parents peuvent considérer la prise en charge de leur enfant comme perfectible ou percevoir un manque d’adéquation entre le fonctionnement de l’école et le handicap. Développer une école inclusive permet d’accueillir l’élève handicapé dans des conditions respectueuses de ses besoins.

 

Intégration et inclusion : qu’est-ce que ça change ?

 

Intégration, inclusion : d’emblée, ces deux termes semblent exprimer des concepts similaires voire identiques. Cependant, il faut noter une différence de philosophie qui, plus que de dissocier deux mots, distingue deux concepts. Un enfant intégré est ainsi scolarisé dans une école, mais dans une classe spécifique (Clis, en élémentaire ; Ulis, au collège). L’élève inclus lui, prend place comme tous ses camarades, dans une classe ordinaire, avec ou sans AVS.

La diversité, c’est la norme

L’intégration est un terme très utilisé dans le domaine du handicap pour désigner le processus visant à adapter des élèves dits “différents” à un système dit “normal”. Il est possible déjà de se rendre compte que cette définition montre une limite à ce processus : certaines personnes peuvent rester perçues comme différentes même si elles sont intégrées.

L’inclusion apporte une réponse à cette problématique en affirmant que la diversité est la norme. Ainsi, l’égalité et la différence trouvent leur place côte-à-côte, et se renforcent mutuellement. L’inclusion propose de procurer des solutions à toutes les personnes présentant des besoins individuels particuliers. Dans cette logique, il n’existe plus de groupe de personnes présentant un handicap, mais un ensemble hétérogène de besoins. Favorable à une inclusion au quotidien, l’association TouPI, résume ainsi la distinction : « Désormais à l’école, c’est donc l’inclusion qui prévaut. Elle doit donc s’efforcer d’apporter des solutions pour tous, y compris bien sûr pour les élèves en situation de handicap. »
Pour connaître l’action de cette association : Toupi : nous connaitre ; Toupi : aide aux démarches

 

 

L’école inclusive : la réalité du terrain, quelles solutions ?

 

Suite à la loi volontariste de 2005, les enfants en situation de handicap se sont vus ouvrir les portes des écoles dites ‘’ordinaires’’. Le nombre d’enfant scolarisé en milieu ordinaire a quasiment doublé entre 2004 et 2014, et il continue d’augmenter : +7,5% de 2015-2016 à 2016-2017 (soit environ 18 000 enfants).

Autrefois scolarisés dans des instituts médicoéducatifs censés leur offrir une scolarisation adaptée à leur situation, ils peuvent aujourd’hui bénéficier en France, à l’instar de nombreux pays européens, d’une scolarisation inclusive où l’école s’adapte à leurs besoins, qu’ils soient moteur, pédagogique… En effet il ne s’agit plus de compenser la situation de handicap de l’élève au sein d’un établissement spécialisé ou au sein même de l’école, mais plutôt de rendre accessible, en adaptant les enseignements ou encore les établissements, l’école ordinaire à tous les profils d’élèves. Le but est de ‘’faire disparaître’’ sa situation de handicap à l’enfant, du moins de lui proposer le même accès à l’ensemble des infrastructures et enseignements que ses camarades.

Si la scolarisation des enfants en situation de handicap se veut à travers l’école inclusive et non plus dans des établissements spécialisés c’est aussi parce que l’école est selon Nathalie Mons, professeure de sociologie à l’université de Cergy-Pontoise et présidente du Cnesco, ‘’un lieu de socialisation où se construit la capacité des futurs citoyens à vivre ensemble’’.

Dans la réalité, toutes ces mesures ne sont pas encore pleinement applicables. En effet, l’inclusion des élèves en situation de handicap ne peut se faire dans certaines écoles où les travaux de mises aux normes d’accessibilité n’ont toujours pas été réalisés, et ce malgré des délais plus longs accordés. Mais ceci n’est qu’un exemple, Serge Thomazet, enseignant à l’ESPE Blaise-Pascal de Clermont-Auvergne et membre du laboratoire ACTé (Activité Connaissance Transmission éducation; laboratoire réunissant principalement des chercheurs en Sciences de l’Education et en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives) ,évoquait lui en 2012 ‘’l’information minimale sur l’accueil des enfants différents’’ qu’ont reçu les enseignants et professionnels des écoles.

Cependant, des solutions sont proposées aux professeurs des écoles, à l’image de celles proposées par Nathalie Mons, qui pourraient favoriser la mise en place d’une école inclusive, comme l’usage du numérique nomade afin de « décliner, automatiquement, des versions du cours de l’enseignant adaptées aux besoins de chaque élève’’. Mais aussi une ‘’formation continue des enseignants non spécialisés’’ et une sensibilisation des élèves au handicap qui pourrait aboutir à « des actions de tutorat entre les élèves en situation de handicap et leurs pairs’’.

 

 

Ex M1

4 thoughts on “Élèves handicapés : quelle inclusion ?

  1. Manon Guillemot

    Qu’est-ce que vous feriez concrètement en classe pour favoriser l’inclusion d’un élève en situation d’handicap? Sinon, l’article est très agréable à lire et pertinent, bravo!

    • Magali Charnaillat

      Merci Manon! Pour répondre à ta question, il est possible de favoriser l’inclusion par le contenu d’enseignement et par sa pédagogie. Aborder, dans le cadre de l’EMC par exemple, la question de l’altérité et son respect peut entrer dans le projet d’accueil d’un élève en situation de handicap. Il sera primordial également pour que l’élève se sente capable de différencier les apprentissages et d’adapter ses objectifs d’enseignement (à chaque élève bien sûr mais en particulier) à ces élèves.
      Ton positionnement en tant que professeur (bienveillance, envie d’accompagner, intransigeance sur le respect entre pairs …) permet également de créer un environnement acceuillant.
      Viens nous voir au Barcamp pour en savoir un peu plus 🙂

  2. Emilie Samson

    Votre article est très intéressant, on y apprend beaucoup !
    Une question : Pourquoi parler d’intégration pour les classes ULIS école-collège (datant de 2015) dont l’acronyme veut dire  » Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire » ?

    • Magali Charnaillat

      Le terme d’inclusion du nom des CLIS représente plus le but à atteindre (d’où l’utilisation du terme « pour »). Le fait que les élèves en situation de handicap soient scolarisés en CLIS indiquent qu’ils ne sont donc pas dans une classe ordinaire et donc réellement inclus.

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