Prendre en charge la difficulté ordinaire

 

Qu’est ce que la difficulté ordinaire ?

La difficulté ordinaire est inhérente à tout apprentissage. Il faut donc la considérer comme une étape normale dans le processus d’apprentissage. Elle permet à l’enseignant de mesurer le niveau de ses élèves.

Il faut bien dissocier difficulté, trouble et handicap:

– Le trouble sévère, notamment celui du langage, est défini par la commission Ringard, comme « syndrome de désorganisation d’une fonction, liée à un défaut structurel dans l’apparition, l’installation d’un ou de plusieurs éléments constitutifs du langage. »  

– Le handicap, quant à lui, est défini par l’article du 9 janvier 1989 et est articulé autour des notions de déficience, d’incapacité et de désavantage.

– La difficulté, elle, se définit comme le caractère de ce qui est ressenti comme difficile ou est difficile à faire, soit au regard des capacités du sujet, soit à cause de la nature de l’objet, soit du fait des circonstances.

Au cours de leur scolarité, à peu près tous les élèves sont confrontés à la difficulté ordinaire puisqu’elle se révèle majoritairement lorsque l’élève est confronté à une tâche de recherche ou de découverte.

Enfin, contrairement à ce qui peut être véhiculé, les troubles “dys” ne concernent que 6 à 8 % de la population, alors que la difficulté ordinaire, elle, peut-être quotidienne et universelle.



Les origines de la difficulté ordinaire

 

S’interroger sur les sources de la difficulté :

Certains élèves sont en difficulté à l’école parce que leur environnement social et familial n’est pas stable ou n’est pas propice à l’apprentissage.

Il peut s’agir d’un contexte familial très précaire qui ne permet pas de s’alimenter correctement et de bénéficier de certains outils permettant de favoriser les apprentissages scolaires (livres, ordinateur…). C’est ce que Bourdieu appelle le “capital économique”. Un enfant qui ne mange pas à sa faim et qui ne dort pas dans des conditions acceptables sera plus vite fatigué et aura beaucoup de mal à se concentrer et donc à fournir un travail efficace. Ces enfants vivent souvent dans le stress qui est communiqué par les parents, facteur supplémentaire qui les empêche d’entrer dans les apprentissages. Il peut tout simplement s’agir de problèmes familiaux (alcool, violence, disputes…) qui ne favorisent pas l’épanouissement et la réussite de l’enfant à l’école.

Bourdieu parle également de la dotation ou non des familles d’un “capital culturel. Certaines familles en sont dotées car elles ont des habitudes qui permettent de s’ouvrir au monde et d’être curieux (sorties au théâtre, musée, bibliothèque…) tandis que d’autres en sont dépourvus, soit par manque de moyens, soit par manque d’intérêts. Par exemple, un enfant emmener à la bibliothèque très jeune sera plus à même d’aimer les livres.



Quel rôle pour l’enseignant ?

L’enseignant est la personne la plus apte à remarquer les difficultés d’un élève au cours de ses apprentissages. C’est donc à nous d’observer et de commencer un processus de remédiation pour palier à cette difficulté. Pour cela, l’enseignant doit s’interroger sur sa posture et ses méthodes d’apprentissages.

L’enseignant doit adopter une posture favorable à l’apprentissage des élèves. Celle-ci se définit par le ton, l’attitude et la gestuelle de l’enseignant. On distingue :

– la gestuelle de communication qui se met en place sans l’usage de la parole. Par exemple, frapper des mains ou mettre l’index verticalement sur la bouche pour obtenir le silence

– la gestuelle de contact qui consiste à avoir un contact physique avec un élève qui soit porteur de sens. Par exemple, poser sa main sur la tête d’un élève pour exprimer une satisfaction.

Ainsi, par sa manière de se comporter face à ses élèves, l’enseignant va favoriser ou non leurs progrès. Pour cela, l’enseignant doit :

  • poser un regard bienveillant sur un élève en difficulté

  • aider l’élève à reprendre confiance en lui

  • prendre conscience qu’il existe des réponses pédagogiques qui peuvent aider l’élève à progresser

  • se mettre au niveau de l’élève en difficulté, au niveau de ce qu’il sait et non de ce qu’il devrait savoir

  • valoriser les réussites

  • connaître les progrès de ses élèves

  • questionner et écouter les élèves grâce à des situations de recherche et d’apprentissage interactives.

Lorsqu’un enseignant n’adopte pas ces attitudes, les élèves les plus faibles peuvent ressentir un manque de soutien, entraînant une baisse de leur investissement et donc une augmentation du taux d’élèves en échec.



Donner du sens aux apprentissages afin de motiver les élèves

Pour qu’un élève puisse apprendre, il faut qu’il comprenne ce qu’il est en train de faire et pourquoi il le fait. Il est important que l’enseignant donne des exemples de la vie courante pour rendre plus explicites les situations d’apprentissages. De plus, le fait de valoriser les élèves en difficultés sur leurs points forts vont leur permettre de se surpasser. Il faut que l’élève soit acteur de ses apprentissages car cela lui permettra de mieux apprendre et mémoriser. Les élèves bénéficiant d’attentes favorables de la part de leur professeur font davantage de progrès intellectuels que les élèves qui n’en bénéficient pas.

 

Faire une évaluation diagnostique

Une évaluation diagnostique désigne l’ensemble des outils à disposition des enseignants pour apprécier les points forts sur lesquels construire la progression des apprentissages et les points faibles, indices des difficultés de leurs élèves. Cette évaluation permet :

  • Au niveau de la classe:

  • Observer plus finement le niveau de construction de la compétence et les processus utilisés par les enfants (c’est le statut de l’erreur: la pédagogie actuelle préconise que les erreurs des élèves soient prises en compte dans les stratégies pédagogiques).

  • Rechercher au niveau des composantes de la compétence, celles qu’il faut consolider ou construire.  

  • Mettre en place le dispositif pédagogique le plus approprié, en tenant compte de l’enfant et de la vie de la classe.

  • Au niveau de l’école :

Elle favorise le travail au niveau du cycle ou inter-cycles et renseigne sur la progressivité ou la continuité des apprentissages.

Les résultats de l’évaluation ne constituent pas une norme. C’est un outil d’aide à disposition des enseignants. Ils font apparaître la diversité des rythmes d’apprentissage des élèves et la relativité de leurs acquis.

 

Différenciation

Selon Philippe Mérieu, deux types de différenciations peuvent être mis en place :

  • Différenciation successive :  elle consiste à proposer différentes méthodes durant l’apprentissage d’une même notion et ainsi permettre à chaque élève de pallier à ses difficultés. Pour se faire, il est important que l’enseignant propose différents outils et supports à ses élèves afin de diversifier les situations : oral, travail individuel, en groupe… La progression dans l’apprentissage est commune à la classe, avec l’utilisation successive de différentes méthodes pour permettre à chacun de s’approprier la notion.

  • Différenciation simultanée : elle consiste à varier les apprentissages et  à individualiser le travail. L’enseignant distribue à chaque élève un travail individualisé qui correspond à ses besoins et possibilités ou réalise des groupes de niveaux. Cela doit se mettre en place uniquement durant le temps scolaire. Le travail donné peut être un exercice sur des notions mal comprises, la reprise d’une notion en particulier, des exercices d’enrichissements. Cette différenciation peut être mise en place dans n’importe quelle matière. Néanmoins, il faut veiller à bien cadrer celle-ci et éventuellement utiliser un plan de travail comme support.

La discussion au sein de l’école et de l’équipe enseignante

Lorsqu’un enseignant est confronté à un élève en difficulté, il peut s’intéresser à ses résultats au cours des apprentissages précédents. Cela lui permet de visualiser si la difficulté ou les difficultés sont nouvelles ou si l’élève avait déjà des lacunes. Pour cela, le professeur des écoles dispose du carnet de suivi des apprentissages de l’élève à l’école maternelle et du livret scolaire unique de l’élève à l’école élémentaire, qui informent des acquis et des progrès des élèves tout au long de la scolarité. Se renseigner sur le parcours d’élève c’est rechercher le(s) facteur(s) de cause. Une discussion avec l’ensemble de l’équipe enseignante peut être envisagée. Cet échange a pour finalité le partage de l’expérience, des attitudes et des solutions à apporter à cet élève. D’ailleurs, si l’élève a réalisé sa scolarité dans ce même établissement, l’équipe pédagogique est plus à même de conseiller l’enseignant.



Et pour les parents ?

 

En travaillant en partenariat avec la famille de l’élève en difficulté, l’enseignant augmentera les chances de réussite de ce dernier. Les parents sont les premiers partenaires de l’école.

Il est indispensable pour les enseignants de créer une relation de confiance avec la famille. Depuis la loi Jospin et la loi d’orientation de 2005, les parents sont membres de la communauté éducative ce qui montre la volonté du gouvernement de faire participer activement les familles à la scolarité de leurs enfants. Pierre Périer montre, à travers son article Des élèves en difficulté aux parents en difficulté : le partenariat école/familles en question, l’importance de renforcer les liens avec les familles et de les impliquer dans la scolarité de leurs enfants.

Toutefois, il admet que ce partenariat est imparfait avec les parents issus de milieux défavorisés, dont les enfants “empruntent des chemins chaotiques ou incertains”. Pour la plupart de ces parents, l’école est un moyen de promotion sociale permettant à leurs enfants d’avoir une meilleure situation qu’eux-mêmes. Toutefois, le fait qu’ils aient une moins bonne connaissance du milieu scolaire et de ses codes complique la compréhension et le bon déroulement de ce partenariat. Ces familles doivent avoir confiance en l’enseignant pour lui confier leurs enfants et être à l’écoute des conseils qu’il peut leur fournir. Le but est qu’ils ne deviennent pas “démissionnaires” par peur du conflit ou par désintérêt scolaire total de la scolarité de leur(s) enfant(s).

Partir du bon pied

Dans beaucoup de famille l’école et les souvenirs associés à cette période de la vie ne sont pas toujours positifs. Inconsciemment cette amertume envers le système scolaire se ressent chez les enfants.

De plus, l’accompagnement des enfants par les parents lors des devoirs faits à la maison peut être contre productif. Effectivement, il faut, au-delà de faire faire apprendre à ses enfants, comprendre ce que demande l’école afin d’aider au mieux ses enfants, sans être à contre-sens des méthodes d’enseignement utilisées par le professeur des écoles. Le risque serait de perdre encore un peu plus l’élève confronté à des exigences contradictoires. C’est pourquoi le dialogue entre parents et enseignants est primordial dans la prise en charge de la difficulté ordinaire. On parle alors de coéducation. Le parent doit permettre la continuité des apprentissages. Il faut donc que l’enseignant communique le mieux possible sur les méthodes utilisées et la finalité du processus d’enseignement grâce au blog de l’école notamment. Effectivement l’utilisation d’une autre méthode peut engendrer l’apparition de difficultés, et l’accompagnement devient alors néfaste.

La relation école-famille comme un triangle vertueux

Afin de remédier aux difficultés des élèves, il existe des solutions internes et des solutions externes.

Accompagnements existants

Les Activités Pédagogiques Complémentaires (APC) se décline soit sous la forme d’une aide aux élèves rencontrant des difficultés dans leurs apprentissages, soit sous la forme d’une aide au travail personnel ou de mise en œuvre d’une activité prévue par le projet d’école. Il est proposé par l’enseignant pour un petit groupe d’élève. Les APC se déroulent sur une courte durée et l’accord des parents est obligatoire.

Les Réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED) peuvent être sollicités aussi bien par les enseignants, les parents ou les enfants eux-mêmes. Ce dispositif intervient pendant le temps scolaire et il est un relais entre l’école et les dispositifs d’aide et de soins extérieurs. Les membres du RASED participent, avec les enseignants, à une action de remédiation quand les démarches de différenciation mises en place dans la classe n’ont pas suffi.

Le Programme Personnalisé de Réussite Éducative (PPRE) est un document rédigé par les enseignants conçu pour répondre aux difficultés scolaires rencontrées par un élève. Y sont mentionnés les points de vue de l’enfant et de sa famille. Le directeur de l’école, qui est le garant de la pertinence du dispositif, prend en charge, avec l’enseignant de la classe, les relations avec les familles. Le PPRE est fondé sur « une aide pédagogique d’équipe qui implique l’élève et associe sa famille ». L’adhésion et la participation de l’enfant et de sa famille sont déterminantes pour la réussite du programme. Ce dernier est d’ailleurs signé par les parents ou le représentant légal.



Pour aller plus loin: Alexandra Brunbrouck, dépasser les difficultés d’apprentissage


Bibliographie:

Estace,E.(2014).L’enseignant face aux élèves en difficulté. HAL archives-ouvertes

Meirieu,P.(1985).La pédagogie différenciée: l’essentiel en une page. Académie de Bordeaux



 

 

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