Quelle est la plus-value du numérique en anglais pour les cycles 2 et 3 ?


Le numérique à l’Ecole 


L’utilisation du numérique est de plus en plus présente dans les apprentissages à l’école primaire. Il est devenu un outil indispensable, inscrit dans les nouveaux programmes. En effet, les TICE (Technologie de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement) font parties intégrantes des programmes des cycles 1, 2 et 3 . Dans le cadre du Socle Commun de Connaissances et de Compétences, les pratiques technologiques permettent aux élèves d’appréhender de nouveaux outils de travail afin de les préparer à être de “futurs citoyens et à vivre dans une société dont l’environnement technologique évolue constamment”.

Les enseignants utilisent des supports numériques de plus en plus variés tels que: le vidéoprojecteur, le tableau interactif, les logiciels sur tablette (book creator…), le matériel d’enregistrement (ipad, baladodiffusion, micro enregistreur…) qui deviennent de véritables outils de formation, de communication et de stimulation. 

Par exemple, les jeux sérieux*, permettent de lier le ludique et l’apport de connaissances. L’apprentissage des notions est donc plus attrayant pour les élèves. Ils sont attirés par le jeu sans que l’aspect apprentissage  soit toujours explicite pour eux. Néanmoins le jeu ne doit pas être détaché de l’apprentissage. Ainsi expliciter le but de la tâche à l’élève pourrait lui donner plus de sens afin de la réaliser. Dans le dossier “Enseigner plus explicitement”, le groupe de travail piloté par la DGESCO explique que “les élèves peu familiers du travail scolaire réalisent les tâches demandées sans toujours percevoir l’apprentissage qu’elles permettent, confondant le moyen (la tâche) et le but (l’apprentissage). Il est nécessaire de développer leur réflexion sur ce qu’ils ont appris au-delà de ce qu’ils ont fait, d’encourager les liens entre les apprentissages disciplinaires, de développer le sens qu’ils donnent à leur présence en classe et à leur activité”. L’enseignant cible l’objectif pédagogique qu’apporte cette nouvelle forme d’apprentissage (il sait pourquoi il choisit telle ou telle activité pour les élèves). 

*les jeux sérieux, sont élaborés sur la même base que les jeux vidéo, même approche de design et de savoir faire que les jeux classiques mais apportent une dimension pédagogique.

Enfin, l’utilisation du numérique en classe permet de lutter contre les inégalités d’accès au numérique. En effet, l’école donne la possibilité aux élèves n’ayant pas accès aux outils numériques chez eux, de se les approprier dans le cadre scolaire. 


L’usage du numérique dans l’apprentissage de l’anglais 


L’enseignement des langues vivantes étrangères à l’école primaire est devenu obligatoire dès le CP depuis 2013 (avec un éveil aux diversités linguistiques en maternelle) et jusqu’au lycée. L’objectif majeur est de permettre aux élèves d’interagir avec les autres dans une langue cible pour réaliser des tâches ensemble. Les langues sont avant tout orales car ce sont des outils de communication. Cet objectif est défini par le CECRL (cadre européen commun de référence pour les langues) depuis 2001. Dans ce dernier, l’approche actionnelle dans l’enseignement des langues vivantes est préconisée. Cette approche place les élèves au cœur des apprentissages pour les rendre plus actifs. Elle s’articule principalement autour de la communication avec autrui, de l’interaction. Le point d’honneur est mis sur la réalisation de projets collectifs avec la classe, permettant de placer les élèves en tant qu’acteurs et de développer des compétences dans les différentes activités langagières. Le numérique est alors une ressource riche pour réaliser des projets finaux. Comme l’évoque Marcel Lebrun, « L’effet principal des technologies, dans le tandem enseignement-apprentissage, se manifeste donc dans des environnements pédagogiques nouveaux, plus proches de la manière dont l’individu apprend ». Les nouvelles technologies permettent d’apprendre avec les autres, ce qui est essentiel dans l’apprentissage d’une langue vivante.

Le numérique est donc un réel support et outil d’accompagnement dans l’apprentissage des langues étrangères tant pour les élèves que pour les enseignants. Cet apprentissage est souvent source de difficultés pour les élèves, notamment concernant la compréhension et l’expression orale. Ainsi l’utilisation du numérique, avec l’intégration d’une bande sonore, donne aux enfants une bonne base phonologique. Ils ont le modèle d’un natif pour la prononciation ce qui aide l’élève et apporte un soutien à l’enseignant. En effet, celui-ci doit normalement avoir un niveau B2 compte tenu de sa formation initiale mais peut se trouver en difficulté s’il ne maîtrise pas la prononciation. 

De plus, les outils numériques permettent de faciliter l’évaluation, qui se fait principalement sur l’expression et la compréhension orale, grâce aux enregistrements qui représentent une trace à long terme.


Des outils numériques dans l’enseignement de l’anglais


L’usage du TBI 

Aujourd’hui les manuels scolaires des langues vivantes incluent presque systématiquement une option de ressources et de documents utilisables via le TBI.  En effet, le Tableau Blanc Interactif permet de diversifier les activités langagières tout en rendant l’élève actif. Le projet européen iTILT explore « l’utilisation du tableau interactif dans une approche communicative pour l’enseignement des langues ». C’est est un support privilégié pour apprendre les langues étrangères car il permet d’une part de « faciliter l’intégration de nouveaux médias dans la classe de langue » et « d’améliorer l’engagement de l’apprenant » et d’autre part de « répondre aux besoins des élèves aux styles d’apprentissage différents ».  Quelles que soient les modalités (en classe, en groupe, en binôme) le tableau favorise la pratique libre de la langue en s’appuyant sur des activités interactives et motivantes pour les élèves. Ce support numérique interactif permet de développer chez les élèves des capacités narratives en projetant des images et en écrivant directement les dialogues correspondants par exemple. Ainsi, cet outil implique directement les élèves, ils peuvent créer ensemble en simultané. 

Il faut cependant tenir compte que cela demande un un travail de préparation à l’enseignant qui doit prévoir ces pages d’activités à projeter à l’avance (grâce à open sankoré par exemple). 

Une séance d’anglais en CE2 avec la méthode « I Love English School Numérique » Bayard éducation. Publié le 13/04/17
Une variante du TBI: le sol interactif 

Une autre approche du tableau interactif a été développée : le sol interactif. Le principe est le même que pour le TBI disposé à la verticale à l’exception que les élèves sont directement au sol et peuvent travailler en groupe autour d’un même support/activité. Ce support permet à la fois de différencier car chaque élève peut travailler selon ses besoins mais il développe également la collaboration. Les élèves essaient de résoudre la tâche ensemble. Le sol interactif ou « Lighthouse » est plutôt utilisé dans les classes de maternelle, néanmoins, on pourrait tout à fait l’adapter pour des séances d’anglais en cycle 2 et 3. En effet, comme nous pouvons le voir dans la vidéo, les élèves de maternelle travaillent la conscience phonologique. Alors cette activité sur les sons pourrait être transposée pour les cycles 2 et 3 puisqu’ils apprennent une nouvelle langue donc de nouveaux sons à s’approprier. Le fait d’être ensemble pousse la réflexion des élèves puisqu’ils échangent autour de leurs différentes productions et perceptions.

Les appareils pour s’enregistrer

Le CECRL évoque les appareils d’enregistrement pour l’apprentissage d’une langue étrangère « grâce à la technologie moderne, les ondes peuvent être enregistrées et diffusées ou conservées sur un autre support et converties de sorte que la séparation spatio-temporelle du producteur et du récepteur est possible. En outre, les enregistrements de discours et de conversations spontanés peuvent être transcrits et analysés à loisir en tant que textes ». En effet, les outils pour s’enregistrer sont des supports pour développer l’autonomie et la confiance en soi. Les élèves se sentent plus à l’aise pour parler car ils ne sont pas dans l’urgence de s’exprimer seuls devant les autres. Après s’être écoutés et auto-évalués, ils peuvent recommencer afin d’améliorer leur production. En ce qui concerne les enseignants, la mémoire de travail leur permet d’écouter et d’évaluer les travaux des élèves en différer et de revenir dessus si besoin.  Ils peuvent observer les progrès et les acquis tout au long de l’année. Enfin, cet outil permet de différencier et d’individualiser. L’enseignant peut donner une tâche spécifique à un élève selon ses besoins.  (en image, un micro enregistreur)

Les réseaux sociaux / messageries électroniques 

Dans les programmes du cycle 3, il est explicitement noté : “ Les contacts avec les écoles des pays ou des régions concernés, les ressources offertes par la messagerie électronique, l’exploitation de documents audiovisuels contribuent à découvrir des espaces de plus en plus larges et de plus en plus lointains et à développer le sens du relatif, l’esprit critique, l’altérité”.
Le numérique, s’il est évidemment contrôlé, permet d’être en contact avec des élèves dans des pays anglophones. Les élèves peuvent alors interagir, que ce soit par des réseaux sociaux comme twitter ou par messageries électroniques. Il est aussi possible d’organiser des visioconférences pour échanger entre élèves de langues différentes. Ce type de communication est une situation motivante pour eux puisqu’ils communiquent avec des personnes réelles. La visioconférence est enrichissante d’un point de vue linguistique et culturel. Ils peuvent échanger sur les différences et les ressemblances entre leur pays, le fonctionnement de l’école, leurs loisirs… Cela permet également de placer les élèves dans une situation concrète de communication, de leur faire comprendre pourquoi il est important de maîtriser une nouvelle langue si l’on veut pouvoir communiquer entre différentes nationalités.

Points positifs 

Du point de vue de l’enseignant :

  • Créer ses propres exercices en rapport avec la notion travaillée (primlangues, toolsforeducators, LearningApps)
  • Avoir un outils de référence, un support d’appui pour une prononciation correcte (Audio-Lingua) 
  • Le plaisir d’essayer de nouvelles choses et chercher dans le numérique des solutions à certaines difficultés qu’il rencontre dans son enseignement.
  • Rendre les élèves de plus en plus autonomes*
  • Enrichir et rythmer ses séances avec des outils numériques variés qui attisent la curiosité des élèves et les motivent
  • Permettre de différer les évaluations en ayant des supports fixes dans le temps (mémoire du travail).

* l’autonomie n’est pas une compétence que l’enfant développe seul, mais c’est aussi un apprentissage qui est guidé par l’enseignant (choix de ses activités). Etre autonome signifie pour l’élève d’être capable d’effectuer une tâche en respectant les attendus sans que l’enseignant n’ait à intervenir. En langue vivante par exemple, l’enseignant peut utiliser le numérique pour permettre de travailler sur des compétences linguistiques en autonomie avec certains sites ou logiciels. Il peut proposer aux élèves un temps libre pendant lequel les élèves travaillent seuls sur les compétences qu’ils ont à améliorer (avec “learningapps” par exemple). Il est alors du devoir des élèves de travailler seul, de façon sérieuse. Ils doivent faire un travail sur eux-mêmes pour ne pas s’éloigner de la consigne (bavarder, faire autre chose sur l’outil numérique, solliciter l’enseignant…) et s’engager pleinement dans l’activité.

Du point de vue de l’élève : 

  • Accéder à des ressources numériques en dehors de l’enceinte scolaire pour s’entraîner (si possibilité de le faire)
  • Mémorisation individuelle et individualisée (LearningApps).
  • Pouvoir s’auto-évaluer (appareils d’enregistrement) afin d’améliorer sa performance.
  • Apprentissage collaboratif et interactif.
  • Apprentissage ludique.
  • Attitude active dans la tâche, manipulation, participation, investissement.
  • Apprentissage plus serein, permet de gagner en confiance.
  • Défi: recommencer un jeu jusqu’à ce que le résultat les satisfasse (répétition de la tâche entraîne la mémorisation)

Limites

Tout d’abord, il faut évidemment veiller à avoir une utilisation modérée du numérique pour ne pas impacter sur la santé des élèves. En effet, l’environnement virtuel peut altérer la concentration des élèves en classe. Enfin, l’enseignant doit accompagner les élèves à travers l’outil numérique, les guider, et vérifier ce qu’ils font.


Conclusion


L’utilisation des supports numériques dans l’apprentissage des langues étrangères aux cycles 2 et 3 est propice au développement de différentes compétences langagières telles que l’expression et la compréhension orale. Les élèves acquièrent également des compétences transversales comme la collaboration, l’interaction ou encore l’autonomie.

Une liste non-exhaustive de ressources pour l’enseignement des langues étrangères/anglais

Logiciels Sites internet Applications
– Sankoré
– Glup (tbi, jeux intératctifs ludiques)
– Ouidire look here


– Storyjumper : créer des livres en ligne
– Storybird : créer des histoires à partir d’images
– Toolsforeducator
– LearningApps
– Pics4learning (photos par thèmes)
– Socrative : quizz, jeux, le PE peut voir ce que fait l’élève en temps réel
– I love english school (BNRE)
– Kiz club(jeux, activités, livres à lire)
– English for schools (CNED) : videos, chansons
– Huntzz : faire ou créer une chasse au trésor
– Voice recorder
– Book creator

Bibliographie

Nissen, E. Pourquoi mettre à contribution le numérique dans l’enseignement des langues à l’école? (2019)

Eduscol, Enjeux du numérique http://clespourenseignerautrement.eklablog.com/1-ressources-et-outils-numeriques-pour-l-enseignement-de-l-anglais-a144810492

Eduscol, Programme du cycle 2 (novembre 2018) https://huit.re/programme-cycle-2

Koulayan,N. L’enseignement et l’apprentissage des langues étrangères (LE) à l’ère du numérique /digital. Plus-value cognitive ou redondance en terme d’innovation didactique ? De quelques éléments de réponse https://core.ac.uk/download/pdf/47337659.pdf?fbclid=IwAR3fsp9nr_9wuOqqhYgQfX8eBkmDR8aE_h1ahw1uJnWFUqybImPah_cR74k

Hilton, H. Conférence de consensus, Sciences cognitives et apprentissage des langues (2019) http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2019/04/190409_Hilton-1.pdf

Schmool, L. Jeux traditionnels et jeux numériques : filiations, croisements, recompositions, L’emploi des jeux dans l’enseignement des langues étrangères : du traditionnel au numérique. (2016) https://doi.org/10.4000/sdj.628

Eduscol, Programmes du cycle 3 (novembre 2018) https://huit.re/programme-cycle3

Unités des politiques linguistiques (Strasbourg), Cadre européen commun de référence pour les langues : apprendre, enseigner, évaluer (2001)

Marcel Lebrun. Théories et méthodes pédagogiques pour enseigner et apprendre. Quelle place pour les TIC dans l’éducation ? (de Boeck). 2007. Page 50.

Fourgous, J-M., Réussir l’école numérique – Rapport de la mission parlementaire de Jean-Michel Fourgous, député des Yvelines, sur la modernisation de l’école par le numérique (15 février 2010)

Ex M1

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