L’enseignement à distance en période de crise sanitaire : vers une généralisation de ce mode d’enseignement ?

La crise sanitaire concernant la COVID-19 s’est vue changer nos modes d’enseignement. Qu’en est-il des impacts sur les élèves ?

L’enseignement à distance est une forme d’enseignement qui ne se déroule pas dans un établissement scolaire et réalisé sans la présence physique d’un professeur. Ce moyen d’apprentissage lié aux technologies de l’information et de la communication (TIC) a longtemps été favorisé pour les élèves ne pouvant pas accéder à l’école à cause d’un handicap ou d’une incapacité. 

Cependant, la situation mondiale actuelle force les écoles à recourir à cette pratique. En effet, la crise de la COVID-19 a obligé les établissements scolaires à revoir leur méthode d’enseignement traditionnelle pour continuer d’assurer les cours malgré une fermeture généralisée de ces derniers en France. Le numérique s’est imposé comme unique solution pour favoriser la continuité pédagogique. 

Continuité pédagogique

« Dès lundi et jusqu’à nouvel ordre, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés ».

Le 12 mars 2020, le président de la République, Emmanuel Macron, marque le début du confinement en France et par conséquent de l’enseignement à distance. Dès lors, les 850000 enseignants de France vont devoir assurer les cours à distance, de la maternelle au lycée. Ils ont dû mettre en place de nouveaux outils de travail et s’adapter à une situation qui leur était alors inconnue.

“La continuité pédagogique permet de maintenir le lien avec les élèves et les familles, de poursuivre les apprentissages et de préserver le bien-être physique et psychologique des élèves” 

Plusieurs outils sont mis en place pour répondre à ce nouveau besoin d’enseignement, et notamment des outils coopératifs ou collaboratifs. BBB, Via, Google meet sont devenus les partenaires des enseignants pour garantir la continuité pédagogique durant cette période. Ce sont des outils permettant d’effectuer des visioconférences. Ces derniers sont pratiques pour enseigner de manière magistrale. En se connectant, l’enseignant peut alors donner les informations nécessaires concernant son cours et les élèves peuvent interagir directement avec lui via le chat, le microphone ou encore la webcam.  

Mais il ne faut pas oublier que les réseaux sociaux sont importants pour maintenir un lien social entre les élèves dans l’objectif de poser des questions entre pairs. Ils fonctionnent alors comme un outil coopératif où l’entraide règne.

Il est également possible d’utiliser des plateformes telles que Padlet. Les enseignants se sont servis de ce « mur virtuel » pour accompagner les élèves à effectuer le travail demandé. Souvent, l’emploi du temps y est partagé ainsi que des documents de formes multiples tels que des audios, des vidéos, des textes, des images… Des activités sous formes de défis sont également proposées notamment en sciences, en art plastique et en EPS afin de motiver au maximum les élèves dans les apprentissages. On pourrait considérer cela comme le cahier journal de la classe qui fait le lien entre l’école et les familles. Voici un exemple appliqué dans une classe de PS-MS:

Inégalité des milieux 

Ce nouveau mode d’enseignement expose et amplifie les inégalités existantes dans de nombreux domaines de la vie, et le secteur de l’éducation n’en est pas épargné. En effet, nombreux sont les élèves qui manquent de moyens afin d’étudier dans de bonnes conditions. 

Tout d’abord, l’accès aux outils pour pouvoir apprendre et suivre les cours correctement n’est pas équivalent pour tous, ainsi la question de la fracture numérique s’est imposée durant cette crise. En effet, dans certaines familles, des enfants n’ont pas accès à internet ou à un ordinateur. Un sondage Ipsos a par ailleurs montré que les parents ouvriers présentent plus de difficultés matérielles (manque d’ordinateur). D’après les résultats de l’enquête COCONEL de l’Ined (Lambert et al., 2020), dans 49 % des foyers concernés par le travail scolaire, au moins un enfant ou étudiant travaille dans une pièce partagée (salon, cuisine, chambre…). De plus, l’implication des parents dans le suivi de la scolarité de leurs enfants varie selon les familles. Certains parents sont analphabètes, ou alors méconnaissent les outils numériques et par conséquent ne peuvent aider leurs enfants. D’après une étude, 52% éprouvent des difficultés à comprendre les documents scolaires. Le contexte familial joue également un rôle important dans la scolarité à distance. Dans beaucoup de familles, notamment les milieux défavorisés, les enfants doivent parfois faire face à des tensions familiales, aider les parents dans les tâches quotidiennes. L’école n’est alors pas une priorité et a un impact sur la réussite éducative. 

Ces élèves présentent alors un gros désavantage. Le risque de décrochage scolaire est plus important. Le ministère de l’éducation nationale a ainsi annoncé une moyenne nationale de 5 à 8% d’élèves décrocheurs soit environ 500 000 élèves. Cette moyenne serait multipliée par deux dans les établissements sensibles (QPV,REP,REP+). 

Voici quelques chiffres énoncés en 2015 par le CREDOC.

Impacts physiques 

Ce phénomène peut également impacter la santé physique des élèves. Ils sont généralement exposés toute la journée devant les écrans, ce qui, d’après certaines études, a pour conséquences d’engendrer des troubles du sommeil et des problèmes visuels. Beaucoup d’entre eux se sont vus obligés de porter des lunettes alors qu’ils n’en portaient pas auparavant.

On perçoit également des problèmes liés au poids. Des enfants et adolescents sont aujourd’hui en surpoids ou en obésité et ce phénomène ne cesse d’augmenter. Cela est en parti dû au confinement. En effet, les individus  ne sont plus encouragés à pratiquer des activités physiques et ils se voient privés des activités extra-scolaires suite à la fermeture des clubs.  De plus, ce confinement s’est poursuivi par différents stades de couvre-feu, notamment celui de 18h, ce qui ne permettait pas à ces derniers de sortir de chez eux après une journée de visioconférences. La population devient alors sédentaire et les recherches actuelles expriment de façon claire les effets néfastes de ce mode de vie. 

Malgré certains points négatifs, des effets positifs existent. En effet, pour les enfants, le fait de ne plus avoir l’obligation de se lever tôt le matin permet une meilleure adaptabilité des besoins essentiels du développement de ces derniers. 

Des associations se sont également mobilisées pour mettre en place des préventions sur la violence intra-familiale. L’objectif de ces préventions est de protéger les enfants face aux violences parentales qui se sont vues accroître considérablement pendant cette période mettant en danger les enfants, tant au niveau physique qu’au niveau psychologique. En effet, chaque individu a réagi différemment aux annonces émises par le président de la République et certains n’ont pas réussi à contrôler leur anxiété face à cette situation, pouvant ainsi libérer  une violence qui régnait en eux envers les enfants ou le conjoint. Une présence des enfants à l’école aurait été moins dramatique puisque l’école a pour mission d’assurer cette sécurité.

Impacts psychologiques

Une telle crise engendre des conséquences psychologiques sur les individus notamment lié au fait qu’il s’agit d’une véritable menace pour la santé. Deux études mettent en avant ce phénomène. La première consiste à analyser les différents posts sur Twitter dans 18 pays selon les termes associés à l’anxiété, à la colère, à la tristesse et aux émotions positives. Les résultats indiquent qu’un état d’anxiété est présent suite aux annonces gouvernementales concernant les formes de confinement puis cet état diminue laissant place à la tristesse. Concernant les phases de confinement et de déconfinement, il est également possible d’observer des conséquences émotionnelles et sociales. Cette deuxième étude s’est déroulée en Belgique et indique, en période de début du confinement, une positivité de la situation grâce à la découverte de nouvelles expériences et à un soutien social toujours présent malgré les restrictions. Cependant, à long terme, ces états se dégradent laissant place à une solitude qui se fait ressentir.

Plus précisément, qu’en est-il  de la santé mentale des enfants qui se sont vus rester chez eux suite à la fermeture des établissements scolaires ? L’enseignement à distance a-t-il été bénéfique aux enfants sur le plan psychologique ? C’est ce dont nous allons traiter dans la partie suivante. 

Le “journal d’un psy de cité » nous fait part de différents témoignages de parents concernant leurs enfants durant cette période. Ces témoignages sont issus de familles défavorisées ou exilées montrant ainsi les conséquences sur les populations minoritaires. Ainsi, il est possible de percevoir chez ces enfants des perturbations motrices, des conflits intrafamiliaux, des carences dans les liens sociaux…  En effet, les élèves ne voient plus leurs camarades et nous savons qu’il est pourtant nécessaire d’avoir des liens avec autrui afin d’avoir le sentiment d’appartenance à un groupe. Ce sentiment étant bénéfique pour la santé mentale, il est ici restreint et oblige les enfants à ne communiquer réellement qu’avec la famille. Cependant, l’article conclut qu’il s’agit finalement la plupart du temps de manifestations somatiques mais qu’il n’est pas possible de définir des « pathologies psychiques franches » dans ces actes. 

Pourtant, lorsque les enfants sont interrogés personnellement, il est possible de constater que plus d’1/4 ont connu l’anxiété et 15% la dépression selon les statistiques d’une étude menée par l’UNICEF en Amérique latine et dans les Caraïbes. De plus, nous savons que la moitié des troubles mentaux se développent avant l’âge de 15 ans. Donc l’enseignement à distance met en péril l’avenir de ces jeunes concernant leur santé mentale. Par ailleurs, il serait intéressant de s’intéresser plus longuement au devenir des élèves déclarant des états de stress et de dépression afin de voir si ces signes perdurent dans le temps. 

Les effets positifs

Il ne faut cependant pas tout dramatiser et n’y voir que du négatif à tirer de cette expérience. En effet, l’EHESS propose la synthèse d’une étude menée auprès de 672 enfants français inscrits dans les classes allant du CP à la terminale. Cette dernière révèle plusieurs choses intéressantes dont notamment le fait que l’autonomie semble se développer pour un grand nombre d’élèves à travers cet enseignement à distance, et plus particulièrement chez les plus grands. De plus, ils considèrent ce nouveau mode d’apprentissage comme ayant un rôle bénéfique sur leur qualité de vie (moins de stress, meilleure alimentation, meilleur rythme de sommeil…). Ils peuvent également consacrer plus de temps à des disciplines telles que les arts, la maîtrise des outils numériques, l’écologie…. Pour les plus petits, le fait d’être chez soi et proche de sa famille est un facteur qui revient souvent comme étant agréable.

Il est également possible de constater un soulagement de la part des personnes entrant dans des processus de harcèlement scolaire, tant au niveau des victimes que des agresseurs. En effet, ces derniers n’ont plus à subir les actes de violence qu’ils infligent à leurs pairs.

Enfin, malgré des relations à distance, la coopération perdure. L’article « Effet d’une situation extraordinaire sur le comportement altruiste de l’enfant » indique que les enfants se sont vus être solidaires entre eux en employant différents moyens. Des exemples tels que la mise en place de plateforme de soutien scolaire pour les personnes ayant des difficultés, le partage de vidéos et d’images avec les autres, la création de jeux, d’albums ou de dessins pour envoyer aux personnes âgées sont plus nombreux les uns que les autres et parfois créatifs. 


A RETENIR :

Elsa GUILLAUME, Clara JEGOUREL, Maëlle LE PERU, Alice TANGUY.

maelle.leperu

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