Le numérique, une inégalité qui s’accroît dans les écoles ?

Depuis quelques années, le numérique a pris place au sein de l’Ecole afin de rendre plus autonomes les élèves et pour les former aux nouvelles technologies omniprésentes dans nos sociétés.

 

Mais l’entrée du numérique à l’Ecole, est-elle une bonne nouvelle ? Tout le monde y-a-t-il accès à même niveau d’égalité ? Quel financement ?

 

Le numérique : un accès égalitaire pour tous ?

L’accès au numérique dépend de 3 approches : la première est géographique, la seconde sociale et la dernière générationnelle. Ses approches renvoient à des différences entre populations urbaines et rurales, mais également entre les personnes âgées et les jeunes.

L’approche que nous allons privilégier est sociale. La maîtrise des compétences numériques différente entre les élèves dépend des pratiques familiales. L’Ecole influe également sur le niveau de maîtrise, car l’accès au numérique dépend de la tutelle des volontés  départementales, régionales ou gouvernementales. La qualité de la formation et le niveau de d’équipement dépend des établissements scolaires et du personnel éducatif.

En effet, les outils numériques et leurs usages sont plus facilement accessibles dans les établissements scolaires ayant un budget conséquent. Les élèves de ces derniers sont aussi familiarisés aux usages du numérique dans le cadre familial. Leurs maîtrises dépasseraient même celles des enseignants.
De ce fait, une « fracture numérique » est perceptible entre ces établissements scolaires  et d’autres dont le budget est moindre.

Pour lutter contre les inégalités d’équipement entre les établissements scolaires, le gouvernement a décidé de mettre au moins un ordinateur par classe afin de l’utiliser comme un outil pédagogique (activités mutualisées, différenciation  : motivation des élèves décrocheurs).
Ce dispositif permet :

  • renforcer les compétences numériques des élèves.
  • faire progresser l’élève en autonomie (consultation des ressources mis à disposition par le professeur.

Cependant, cela ne résout en rien les inégalités entre les élèves dans le cadre familial. En effet, 15% des élèves d’Outre-Mer ont accès à la fibre tandis que 85% des élèves des académies parisiennes en bénéficie. Etre situé proche des métropoles permet aux établissements scolaires et aux élèves de bénéficier d’une meilleure connexion (à internet, aux dispositifs d’aide à l’équipement…).
La « fracture numérique » n’est plus seulement sociale mais également géographique.

Les inégalités s’amenuisent dans les établissements du secondaire (collèges et lycées) puisque chaque élève peut disposer d’un ordinateur à l’école et à la maison.  Avoir un ordinateur à sa disposition ne signifie pas un niveau de compétences suffisant pour l’utiliser.
Malgré tout, ce dispositif dirigé par le conseil général régional permet aux élèves les plus défavorisés d’être équipés . Avec une formation adéquate, les inégalités de réussite entre les élèves sont amoindries. La formation des élèves, notamment dans les établissements scolaires les plus défavorisés n’est pas une réussite. En effet,
 43% des élèves de foyers populaires ont une compétence faible ou inexistante de l’usage des outils numériques. 

La crise du Coronavirus a continué de creuser les inégalités entre élèves. Beaucoup d’entre eux se sont retrouvés incapables de suivre les cours en distanciel puisqu’ils n’ont pas à la maison d’ordinateur personnel, voire d’une connexion internet stable.

Le financement du numérique

Avec l’arrivée d’internet et le développement de l’usage numérique dans la société française, notamment auprès des plus jeunes, l’État doit assurer à tous les établissements scolaires un accès au numérique, devenant alors un outil pédagogique.

Dès les années 1980, le gouvernement met en place dans le système scolaire 100 000 ordinateurs pour 100 000 éducateurs pendant quatre ans. En 1985 et pendant vingt ans, le financement du numérique comporte trois axes essentiels : le matériel, le logiciel et la formation des enseignants. La formation des enseignants est financée pendant leurs vacances scolaires. En 1995, internet arrive dans les établissements scolaires, et va se généraliser dans l’ensemble du pays. Ce n’est que à partir des années 2000 que l’Etat va aider les communes rurales à se connecter avec le plan ENR « Écoles numériques rurales », qui est développé en 2009. L’ENR est un succès puisque sa mise en place est satisfaisante et permet une réduction du retard sur les financements des communes rurales. Depuis 2013, la politique menée par le gouvernement doit être revue.

Malgré un milliard d’euros mis dans le dispositif numérique, la nouvelle ère numérique voulu dans les écoles n’est pas satisfaisante. La cours des comptes décide de mener après 2017 une nouvelle politique en s’opposant aux collectivités territoriales et en réorientant les investissements numériques. L’utilisation des ordinateurs est remplacée dorénavant à leurs smartphones ou tablettes. Sur le milliard qui était prévu pour le déploiement de cette nouvelle politique seulement 307 millions qui ont été dépensés. Le ministère de l’Education Nationale sous J.M. Blanquer a gelé le financement de ce fait, l’État a accentué les fractures entre établissements.

Suite à la crise sanitaire, une solidarité innovante émerge puisque la continuité pédagogique pour le gouvernement est primordiale. Cependant, en temps de confinement beaucoup d’élèves ne disposent pas de matériel numérique au sein de leurs foyers. C’est pourquoi le gouvernement et l’aide sociale à l’enfance se sont mis en relation pour mettre à disposition un ou plusieurs ordinateurs fixe, portables ou tablettes afin de les acheminer vers les foyers les plus précaires. Parmi les donateurs nous avons plusieurs entreprises comme Microsoft, Emmaüs Connect et Asus.

Les élèves : quelle formation ?

L’Ecole doit garantir une formation pour l’usage du numérique. Cette obligation est inscrite dans le Code de l’Education qui énonce 4 objectifs atteignables durant la formation de l’élève (https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000042038996/ ) :

  • Un usage responsable du numérique au quotidien
  • La connaissance des droits et devoirs de chacun face à l’usage d’internet et des réseaux sociaux
  • Le développement de l’esprit critique
  • La connaissance des règles applicables au traitement des données à caractère personnel

La formation insiste sur la sensibilisation sur la protection de la vie privée, le respect de la propriété intellectuelle et la liberté d’opinion.
A l’issue de sa formation l’élève doit être devenu un citoyen du numérique.

Pour atteindre ces objectifs, l’élève est accompagné de ses professeurs du primaire à l’université. Il travaille des compétences inscrites dans le cadre de références des compétences numériques.
(CNCR : https://www.education.gouv.fr/le-socle-commun-de-connaissances-de-competences-et-de-culture-12512).

Par cycle :

  • Au cycle 4 (de la 6e à la 3e), l’élève est éduqué aux médias et à l’information. L’élève est également sensibilisé au problème de société des cyber violences dont il peut être victime ou témoin.
  • En 2nde générale, l’élève consacre 1h30 par semaine à comprendre le poids croissant du numérique dans la société et ses enjeux.
  • Au du cycle terminal (1ere terminale), l’élève peut choisir une spécialité (NSI = numérique et sciences informatiques). Cette spécialité leur permet d’acquérir les concepts, les méthodes scientifiques et techniques qui fondent l’informatique.

Les compétences des élèves relatives au numérique sont évaluées à 2 reprises :

  • En 3e, l’élève obtient une certification nationale par l’intermédiaire de la plateforme informatique « Pix » qui évalue son niveau de 1 à 5.
  • En terminale, l’élève reçoit à nouveau une certification de son niveau de maîtrise.

L’Ecole éduque l’élève à l’usage du numérique au sein de l’établissement scolaire. Mais les exigences des professeurs (devoirs, examens…)  ne prennent pas en compte la fracture numérique entre les familles. Cette situation s’est accentuée durant la crise épidémique et le confinement national entre mars et mai 2020. Les établissements scolaires étant fermés, l’Ecole doit garantir une continuité pédagogique. Cette dernière est passée par l’usage des outils numériques (ordinateur, tablette, imprimante, scan…).
De nombreux élèves ont décroché scolairement car ils n’avaient pas/pas assez accès aux outils numériques ou une mal connaissance de leur usage.

A la suite du décrochage d’élèves, le gouvernement étudie davantage la fracture numérique entre les familles pour pallier cette dernière.
Des initiatives expérimentales sont menées par le gouvernement dans le cadre du plan « les territoires numériques éducatifs » (https://www.education.gouv.fr/les-territoires-numeriques-educatifs-306176 ) dans l’Aisne et le Val-d’Oise (15 000 élèves, 1 000 professeurs, 2 700 classes de la maternelle au lycée) :

  • départements ruraux et ou d’éducation prioritaire.
  • objectif de former et équiper les enseignants pour l’hybridation des cours, à la fois en présentiel et en distanciel (différenciation à distance, articulation du présentiel/distanciel, classe inversée à distance…).
  • équiper les élèves d’outils numériques (ordinateurs, tablettes, imprimantes…)
  • continuité pédagogique.
  • sensibiliser les parents aux enjeux du numérique éducatif, co-éducation avec les parents.
  • ressources pour les élèves et enseignants (fiches pratiques, podcasts, tutoriels vidéo, articles scientifiques, séquences pédagogiques…)

 

Quel usage fait-on du numérique dans une classe ?

Depuis 2015, avec la mise en place du plan numérique par l’Éducation Nationale, l’usage du numérique en classe s’accroît de plus en plus. Les élèves doivent développer et acquérir des compétences numériques au cours de leur scolarité. Selon le ministère, plus de 92 % des enseignants du secondaire utilisent les ressources du numérique pour préparer leurs cours et, 9 enseignants sur 10 du premier degré en font usage pour les mêmes raisons.

Dans la pratique, les enseignants disposent de plusieurs outils pour construire leurs cours mais également les mettre en œuvre :

  • La salle informatique ou multimédia: elle permet la mise en œuvre d’activités liées à des recherches internet, des préparations d’exposés individuels ou en groupe. Pour les cours de langues étrangères, les élèves peuvent s’enregistrer à l’aide d’applications. Cela optimise le temps du professeur en classe afin de faire passer tous ses élèves à l’oral. L’usage d’un ordinateur permet la production d’une carte mentale dans n’importe quelle discipline.
  • La tablette: tous les établissements n’en possèdent pas, mais ce support se distribue en classe. Les élèves accèdent à des activités interactives ou des manuels scolaires en ligne servant de support pour le cours.
  • L’écran interactif: cet outil permet la projection de vidéos mais également de faire des activités interactives avec l’ensemble de la classe telle qu’une carte mentale. Il s’agit d’un tableau classique mais avec des fonctions avancées.

Avec la crise sanitaire, l’école a su s’adapter pour proposer des cours en distanciels. Cela accroît davantage la place et l’usage du numérique dans l’éducation. Les cours peuvent avoir lieu via diverses applications telles que Zoom, Microsoft Teams ou encore Google Classroom. Ces applications offrent d’autres services qui améliorent l’expérience des cours en ligne : partage d’écran pour diffuser des diaporamas ou des fichiers pdf/word, les cours ou les devoirs peuvent être déposés sur la plateforme afin que les élèves y accèdent même à la fin du cours ou encore, rédaction de documents en simultané.

Pour conclure, la présence numérique dans une classe dès le plus jeune âge permet l’apprentissage de ce dernier. Cet outil, permet de rendre l’élève plus autonome. Néanmoins, les inégalités entre élèves restent un sujet d’actualité encore trop courant et non résolu dans la plupart des établissements scolaires en France. Le manque de financement ou d’outils creusent chez les enfants des différences. La crise sanitaire et l’école en distanciel ont renforcés les inégalités car de nombreux élèves, et de nombreuses familles n’ont pas les moyens d’avoir un ordinateur par personne.

 

Pour aller plus loin :
– C. Fluckiger, « Culture numérique, culture scolaire: homogénéités, continuités et ruptures »,
Diversité, n° 185, 2016, p. 64-70.
– N. Marion, « De la fracture numérique à l’inégalité sociale : quelques perspectives pour l’éducation permanente », Action et recherche culturelle ASBL, 2016, p.10.
– P. Plantard,  « Numérique et inégalités éducatives ? Du coup de tablette magique à l’e-éducation »,
Diversité : ville école intégration, CNDP, 2016, 4ème trimestre 2016, p.27-32.

laure.delval

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