Les jeux sérieux : un outil au service de la différenciation

Image de Rafael Javier (Pixabay)

Tout d’abord, une petite dose de nostalgie pour certains et un peu de musique à écouter pour chacun, et vous voilà prêts pour entamer une lecture appropriée sur le thème des jeux sérieux : 

La chanson d’Adibou 2 (PC, 1996)

Les jeux sérieux, qu’est-ce que c’est ?

Les jeux sérieux sont, d’après le Réseau Canopé (Académie de Versailles), des jeux combinant « une intention sérieuse avec les ressorts ludiques issus du jeu vidéo à des fins de formation, de thérapie ou d’apprentissage par l’action ». Ils s’adressent « largement autant aux adultes qu’aux enfants » (source Éduscol Jeux sérieux, mondes virtuels).

Une définition qui n’est pas sans rappeler la célèbre formule « apprendre en s’amusant ».

♦ Les jeux sérieux ne sont pas seulement numériques, ils peuvent être dits « traditionnels » en prenant l’apparence de jeux de plateaux, de cartes, de rôles ou encore de puzzles. C’est essentiellement sur sa forme numérique et à l’intention d’un usage en école primaire que nous allons nous concentrer dans cet article. Lorsqu’on pense numérique, on pense principalement aux jeux vidéo ; mais quelle est donc la différence entre « jeux sérieux » et « jeux vidéo », s’il y en a une ?

♦ Le jeu sérieux a une visée ludique et éducative alors que celle du jeu vidéo est principalement liée au divertissement. Le jeu vidéo reste également une des diverses formes que les jeux sérieux peuvent prendre – et probablement même la plus connue. Il n’existe pas en France de jeux spécialement conçus par le ministère de l’Éducation Nationale et à destination des élèves. Tout enseignant qui envisage d’utiliser cet outil pour sa classe doit piocher dans les centaines de jeux existants afin de servir sa pédagogie et son enseignement.

♦ Selon le référentiel de compétences des métiers du professorat et de l’éducation, les professeurs et les personnels d’éducation ont pour rôle de « prendre en compte la diversité des élèves », et donc de les accompagner dans différents processus d’apprentissage. Nous retrouvons également dans ce référentiel commun le fait que les enseignants se doivent de « construire, mettre en œuvre et animer des situations d’enseignement et d’apprentissage prenant en compte [cette] diversité ».

     Les jeux sérieux peuvent donc être un outil d’apprentissage et de différenciation pour tous les élèves. Leur utilisation doit ainsi s’inscrire dans une séquence pédagogique, qui peut aussi inclure un projet de classe.

Pour qui ? Pourquoi ?

♦ Les jeux sérieux  peuvent être mis à disposition de tous les élèves d’une classe, y compris si le jeu ne s’adresse pas uniquement aux enfants. Le jeu aide à la conceptualisation : il permet d’aborder des points complexes et étrangers à l’univers des élèves, voire même de rendre certaines notions abstraites plus parlantes comme pour les mathématiques et la physique. Ainsi les jeux sérieux peuvent tout à fait recouvrir des disciplines différentes ou faciliter l’établissement de liens entre elles.

♦ Par exemple, le jeu de programmation Scratch est un logiciel qui ne nécessite pas de connaître en détails les codes de programmation. L’interface offre des possibilités multiples : réaliser des quiz interactifs, des démonstrations et constructions mathématiques ainsi que des animations. Il suffit d’empiler des blocs d’actions pour créer un script à suivre ; ces actions sont ensuite réalisées par un objet-personnage (appelé lutin) qui s’exprime à l’écran.

Scratch 2, présentant une commande et son résultat en tracés.

♦ Si les jeux sérieux sont en grande partie dédiés à un travail individuel (notamment auprès d’un jeune public), certaines options « multijoueurs » ou encore des dispositifs tels que le développement de tables interactives peuvent permettre le travail de groupe. Lors d’une activité avec une table interactive, les élèves se placent autour de cet espace de manipulation – qui est plus grand qu’un ordinateur ou une tablette – pour jouer et collaborer afin d’atteindre un objectif précis et mener à terme une mission.

♦ Grâce à l’adaptation du Jeu des tours sur support numérique, des expérimentations menées en classe sur l’utilisation de tables interactives montrent que les élèves communiquent davantage qu’en jouant au même jeu de façon traditionnelle ou bien encore en ayant chacun sa tablette (« Utilisation en classe d’un jeu sérieux sur table interactive avec objets tangibles pour favoriser l’activité des élèves : une évaluation comparative en cours préparatoire », de Sébastien Kubicki, Denis Pasco et Ingrid Arnaud, 2014).

Élèves jouant au Jeu des tours (https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01103683/document).

Apprendre autrement

♦ Le jeu peut aider à différencier les approches pédagogiques par ses caractéristiques d’adaptation. Il invite les élèves à procéder par une démarche d’« essai/erreur » sans susciter de jugement et rend possible la capacité à recommencer plusieurs fois une tâche sans crainte d’un résultat figé. L’intégration du ludique à l’éducatif a pour but de procurer une expérience décrite comme « vectrice de l’apprentissage » (nuance distinguant pour Stéphane Natkin, membre du CNAM, jeux sérieux et ludo-éducatifs – qui seraient quant à eux davantage dans l’association de ces deux éléments).

➪ Cet exemple de jeu, La course aux opérations, permet de s’entraîner au calcul mental. L’élève choisit l’opération qu’il veut travailler (addition, soustraction, multiplication, à trou, …), puis il utilise les flèches du clavier pour se diriger sur la route et passer la bonne réponse. Chaque partie offre trois « chances », mais le jeu peut être recommencé en classe ou bien à la maison à l’infini.

Accès au jeu : https://www.jeuxmaths.fr/jeuxhtml5/course-aux-operations/jeu/.

♦ Les jeux sérieux encouragent les prises d’initiative, l’affirmation de la confiance en soi, la reconnaissance de son propre potentiel et compréhension de ses centres d’intérêts. Ces capacités sont mises en avant par ce rapport à l’erreur qui donne aux « faux pas » une place d’expérience constructive plutôt que punitive. Ainsi, en détournant les règles des étapes nécessaires à l’obtention d’un résultat particulier pour se concentrer davantage sur une familiarisation plus ou moins indirecte, la réconciliation d’un élève avec une discipline ou notion par les jeux sérieux est une méthode envisageable.

♦ L’aspect ludique des jeux sérieux participe également à susciter l’intérêt des élèves et les rendre plus enclins à rentrer dans l’activité proposée. L’invitation au travail par le divertissement peut influer positivement sur la motivation des enfants, les intriguer et leur donner envie de s’investir activement dans ce modèle qui sort de ce qui est plus communément rencontré en classe (Apprendre avec les serious games ? de Damien Djaouti, Olivier Rampnoux et Julian Alvarez, 2016).

    Une notion de challenge et de dépassement de soi peut aussi naître par l’alternative du jeu et de ses finalités. De plus, apporter de nouvelles perceptions du travail aux élèves et leur faire expérimenter des espaces variés d’expression représentent autant de clefs à acquérir pour construire leurs connaissances que de choix pour cultiver et laisser s’épanouir leur créativité et inspiration personnelle.

♦ Par ailleurs, il est important de comprendre qu’un jeu sérieux n’est en aucun cas l’équivalent d’un « remplaçant d’enseignant ». Les jeux sérieux sont des outils au service des apprentissages et renforcent les connaissances des élèves – de tous cycles confondus – par un entraînement sur une ou des situations précises. Attention toutefois, l’utilisation de certains jeux peut s’avérer contre-productive en fonction de divers facteurs :

  • l’exploitation de jeux non pertinents ;
  • l’absence d’intégration du jeu à la situation d’apprentissage ;
  • des contraintes matérielles et logistiques.

    Ainsi, les enseignants doivent en amont faire un travail de sélection des jeux en fonction de leurs élèves, de leurs objectifs pédagogiques, de leurs méthodes de travail et du matériel à disposition dans l’école.

Une aide pour les élèves aux profils particuliers

♦ Ces jeux représentent aussi une aide précieuse pour les élèves ayant notamment des troubles de l’apprentissage. Il existe des jeux qui permettent de travailler l’écrit, l’oral, l’association phonème-graphème ou encore le calcul suivant le profil de l’élève et leur rencontre de difficultés ciblées (dyslexie, dyscalculie, dysgraphie, …).

♦ Par exemple, le jeu sérieux GraphoGame propose aux élèves d’âge préscolaire et primaire de s’entraîner au décodage pendant la lecture. Il aide l’enfant à apprivoiser les sons des lettres ou associations de lettres « en présentant simultanément sons, mots correspondants et groupes de lettres ». Le joueur découvre progressivement la discrimination auditive et visuelle : syllabes, mots courts puis formation de phrases, mais aussi rimes et lettres muettes par le biais d’un système de récompenses. Cette méthode vient ainsi renforcer la construction des automatismes fondamentaux de la lecture.

Présentation vidéo du jeu Graphogame (GraphoLearn en anglais).

♦ Le caractère répétitif des actions que les jeux sérieux numériques impliquent est un des avantages majeurs à leur utilisation. Cette caractéristique répond au besoin rassurant et sécurisant (puisque familier) des enfants présentant des troubles du spectre de l’autisme. Les jeux sérieux visent en particulier le développement de deux types de compétences : « des compétences sociales et émotionnelles, ainsi que des compétences neurocognitives et fonctionnelles plus ciblées » (« Autisme, jeux sérieux et robotique : réalité tangible ou abus de langage ? » de Jean Xavier, 2018). 

♦ La possibilité de continuité dans l’activité entre l’école et la maison donne en parallèle une occasion de consolider le suivi de la relation avec la famille de l’enfant qui est toujours en construction. L’utilisation du numérique apporte enfin aux élèves un retour d’information immédiat sur leurs actions qu’ils peuvent alors réajuster.

   Certains jeux proposent un parcours complètement personnalisé comportant ainsi des situations d’évolution adaptées : il n’y a alors pas de « partie type », chaque élève ayant sa propre partie qui le caractérise. Ces jeux peuvent présenter des exercices correspondant au niveau de l’apprenant et, par la suite, différents paliers de jeux tout en l’invitant à suivre un rythme qui lui convient en fonction de ses besoins.

En conclusion…

♦ Les jeux sérieux se caractérisent par :

  • l’adoption d’une approche ayant recours au divertissement dans une finalité éducative (accessible dès la maternelle et pour tous les niveaux et différents élèves) ;
  • leurs multiples formes et spécificités (soit une aide à surmonter les difficultés en prenant en compte toute la diversité des profils d’élèves par une expérience nouvelle, enrichissante et stimulante) ;
  • leur offre d’alternative à la frustration et aux blocages que peut provoquer le manque de progression dans un cadre scolaire (à l’aspect parfois restrictif pour certains enfants).

♦ Pour finir, il est intéressant de noter que l’essor continu des jeux vidéo offre de plus en plus de formats favorables à la recherche d’autres aspects que le seul divertissement :

  • utilisation dans des situations de rééducation et de travail sur la mémorisation ;
  • traitement de thématiques en psychologie comme la dépression, le deuil ou la désindividuation en groupe ;
  • simulations et explorations de l’espace ;
  • systèmes de gestion et stratégie avancés ;
  • et cette liste est loin d’être exhaustive !

➠ Il n’est donc en ce sens pas étonnant que ce domaine toujours en expansion suscite de nombreux intérêts et se prête aisément à servir d’outil pour un actuel emploi pédagogique, accompagnant enseignants, familles et élèves dans leur aventure scolaire.

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« Alors jouons, mais sérieusement ! »

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Image de Pettycon (Pixabay)

En bonus, venez essayer directement un autre type de jeux sérieux numérique !

    Voici un « escape game » nommé Grammatica et cetera, jeu d’évasion pédagogique pour s’entraîner en français (classes, fonctions grammaticales, etc) proposé par Natacha Canaud, professeure de français et formatrice CARDIE – à découvrir « à partir du collège ou avant avec l’aide d’un parent » :

https://huit.re/grammaticaetcetera.

Ex M1

One thought on “Les jeux sérieux : un outil au service de la différenciation

  1. Vous auriez pu appuyer votre discours sur un exemple de jeu sérieux que vous auriez analysé pour voir si il y a des convergences avec le contenu de votre propos.

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