Les enfants malentendants à l’école

Les malentendants : évolution dans le temps

Avant 1760, les personnes malentendantes étaient considérées comme des personnes non douées d’intelligence. Du fait de l’absence de communication, d’interaction et de réaction, elles étaient exclues et étaient vues comme un poids pour la société.

C’est en 1760 que l’abbé de l’Epée établit un langage gestuel appelé « signes méthodiques » afin de pouvoir communiquer avec elles et également que celles-ci le fassent également entre eux. Plusieurs histoires existent sur la création de ce langage. L’une d’elle raconte que l’abbé cherchait un abri un soir de pluie. Il découvrit une porte entre-ouverte où il vit deux sœurs discutant grâce à des gestes et en déduisit qu’elles étaient sourdes. Il proposa à leur mère de prendre en charge leur éducation. Durant les années suivantes, l’abbé et les deux jeunes filles améliorèrent leur langage et mode de communication jusqu’à arriver aux « signes méthodiques ». L’abbé de l’Epée a par la suite ouvert une « école » pour les personnes malentendantes afin de perfectionner leur langue. Il s’agissait alors de ségrégation. Il a également porté ce nouveau langage au roi ce qui a donné de l’importance à cette culture.

Les personnes atteintes de surdité ont ainsi pu trouver leur place dans la société mais également dans la scolarité. Cependant, les élèves étaient intégrés c’est-à-dire qu’ils étaient dans les mêmes écoles que les autres enfants mais ils ne partageaient pas les mêmes classes. Depuis 2005, grâce à la loi pour l’égalité des chances, les projets personnels de scolarisation (PPS) ont été mis en place pour les personnes en situation de handicap. Les malentendants ont pu ainsi être pris en charge de manière individualisée dans les écoles dites « normales » ou en instituts personnalisés. Pour accompagner ces élèves, du personnel tel que les Accompagnants des Elèves en Situation de Handicap (AESH), les psychologues, les médecins scolaires ainsi que toutes autres personnes pouvant être nécessaires à l’inclusion de l’élève peuvent être sollicités. Mais comment communiquer avec eux autrement que par le son de notre voix ?

Schéma des différents types de prise en charge des élèves, La Ligue de l’Enseignement et de l’Education

Les outils de communication

Il existe plusieurs solutions lorsque nous souhaitons communiquer avec une personne malentendante. Il s’agit davantage du choix de communication choisi par cette personne en situation de handicap que par nous-même. Nous devons pouvoir la comprendre mais elle doit également pouvoir nous comprendre.

La lecture labiale est un des moyens qu’utilise ces personnes pour comprendre ce que les gens disent lorsqu’ils parlent. Il s’agit simplement de la lecture sur les lèvres. Elle se développe plus ou moins naturellement selon la date depuis laquelle la personne a vu son ouïe être altérée et du soutien qu’on lui a apporté.

La lecture labiale est souvent associée à la langue française parlée complétée (LfPC). La personne qui parle place ses mains autour de son visage afin de permettre à son interlocuteur de comprendre les sons de sa voix.

Code de la LfPC, Surdité info Service

Il est important de bien différencier la LfPC de la Langue des Signes Françaises (LSF). Cette dernière constitue une langue à part entière. De ce fait, elle possède sa propre grammaire, conjugaison et vocabulaire. Elle est également, comme son nom l’indique, spécifique à la France et change d’un pays à l’autre. Il est même possible de trouver de légères variantes d’une région à l’autre de France car les signes sont parfois tirés de coutumes. Une « tradition » concernant le prénom d’une personne est à connaître. Afin de faciliter la communication, le prénom d’une personne n’est pas systématiquement épelé. On lui attribue un signe en guise de prénom en lien avec sa personnalité, son physique, … Aucun jugement n’est émis lors du choix du signe. Il s’agit simplement d’un constat d’un trait important de la personne. Pour la parler, on utilise donc ses mains mais aussi son corps et plus important encore, l’expression du visage est primordiale. Certains mots peuvent avoir des signes proches. Le contexte ainsi que l’expressivité permettent alors d’éviter toutes confusions possibles.

Vidéo YouTube de LfPC asso, explication de la différence entre LfPc et LSF

Le non verbale est alors primordial. Nous avons pu voir son importance au sein même d’une école. L’un des élèves se trouve être malentendant mais arrive à parler distinctement. Cet enfant sait lire sur les lèvres mais avec le contexte sanitaire et le port du masque, cela n’est plus possible pour lui à l’école. Cependant, il joue, parle et interagit avec ses camarades en classe et dans la cour de récréation. Grâce à l’observation de tout ce qui attrait au non verbale, il s’est intégré dans la classe et dans l’établissement.

Néanmoins, lors des temps de classe, il est plus difficile pour l’élève de comprendre une consigne ou une leçon avec simplement l’utilisation du non verbale. La technologie permet aujourd’hui d’inclure encore plus aisément les personnes souhaitant y avoir accès. L’élève ainsi que l’enseignante que nous avons pu voir portent alors un micro-cravate. Le dispositif lui a été prêté par une association. L’enseignante attache le micro à son col et l’élève fait de même avec le récepteur qui envoie par la suite le son dans une prothèse auditive.

Photo d’un micro -cravate prise en stage de pratique accompagnée

D’autres technologies existent également selon le niveau de surdité et le souhait des personnes malentendantes : la prothèse et l’implant auditif. La prothèse auditive est visible car elle est placée derrière l’oreille. Un haut-parleur y est positionné et le son est ensuite envoyé dans le conduit auditif extérieur via un embout. Cela aide l’appareil à rester en place et à transmettre les ondes sonores au tympan. Il est souvent préconisé aux personnes ayant une surdité partielle. L’implant cochléaire quant à lui est, comme son nom l’indique, implanté dans la cochlée et stimule électriquement les fibres du nerf auditif. Il s’agit alors d’un acte chirurgical. Il est davantage préconisé chez des personnes atteintes de forte surdité voire de surdité totale. La pose de ce dernier nécessite une importante décision et donc un suivi médical renforcé et un bilan psychologique est primordial. En effet, le son qui est alors perçu ne ressemble pas complètement au son réel. Une déception est ainsi possible. De plus, si une personne est malentendante de naissance ou depuis un certain temps, la perception du son peut provoquer une fatigue intense. Un enseignant de LSF sourd de naissance nous a confié que vers l’âge de 6 ans, ses parents lui ont imposé le port d’une prothèse auditive. Cependant, il ne supportait pas le bruit car il était habitué au silence. Cela lui faisait même peur car tous ces sons lui étaient inconnus.

Prothèse auditive, Elixir Audition                                                                              Implant auditif, Figaro santé 

Les lieux de scolarisation

   Pour permettre aux enfants malentendants de suivre une scolarité et d’appréhender leur vie d’adulte, il existe différents lieux de scolarisation. En effet pour ces élèves, l’Education Nationale a mis en place un certain nombre de dispositifs. Tout d’abord, les enfants malentendants peuvent être scolarisés dans une école dite “normale”. Pour faciliter la scolarisation des élèves dans les écoles, l’enfant peut disposer de matériels pédagogiques adaptés (un micro-cravate), d’aide humaine avec par exemple un interprète en langue des signes permettant de traduire les dires de l’enseignant et les questions de l’élève. Un accompagnant d’élève en situation de handicap  peut être une solution a apporté dans la vie quotidienne de l’enfant, lors des activités d’apprentissages ou lors des échanges sociaux de l’enfant. De plus, l’élève est suivi par du personnel paramédical et par des professionnels de la surdité pour permettre son épanouissement dans l’école. En effet, ce personnel permet d’accompagner l’élève à l’aide de matériel et de ressource pour sa scolarité en accord avec la famille et l’équipe pédagogique. Ces dispositifs sont mis en place lors de l’élaboration du plan personnalisé de scolarisation (PPS) avec l’accord de la MDPH. Ainsi à l’aide de ces nombreuses possibilités l’élève peut suivre son cursus dans de meilleures conditions.

   De plus, d’autres établissements peuvent accueillir ces enfants. Par exemple, dans les pôles d’enseignement des jeunes sourds, les élèves se regroupent afin d’utiliser la LfPC favorise la socialisation de ces élèves. Deux parcours sont possibles dans ces pôles : le parcours bilingue ainsi que le parcours en langue. 

  • Le parcours bilingue (LSF et français écrit) : La LSF est la première langue des élèves, elle est alors l’objet des communications et des apprentissages tandis que la langue française est étudiée à l’écrit avec l’appui de la LSF. Selon le nombre d’élèves dans ce parcours, deux dispositifs existent : des classes composées exclusivement d’élèves sourds, ainsi la communication et les apprentissages sont en LSF. Puis, d’autres classes dites mixtes, deux enseignants sont présents : l’un communique en LSF et l’autre à l’oral. 
  • Le parcours en langue française (français oral et écrit), dans ce parcours le français oral permet l’interaction. Ainsi les élèves utilisent le code de la LfPC.

   Le choix entre ces deux dispositifs est décidé par la famille selon son souhait autour de la langue et de la communication.

   Les élèves avec des troubles des fonctions auditives peuvent être scolarisés dans des Unités Localisées pour l’Inclusion Scolaire (ULIS). Ces dispositifs accueillent une dizaine d’enfants présentant un handicap. Ainsi certains ULIS scolarisent seulement des enfants malentendants pour faciliter l’apprentissage et la communication. Ce dispositif est mis en place lorsque les dispositions en classe “ordinaire” ne suffisent pas à l’épanouissement et aux apprentissages de l’enfant. Les enfants de ce dispositif disposent de cours avec une enseignante spécialisée qui adapte son enseignement aux élèves. Des cours peuvent être aussi suivis dans des classes ordinaires lorsque l’élève présente des facilités dans un domaine. 

   Les trois possibilités présentées sont des cursus dans un milieu dit ordinaire, mais il existe deux cursus en milieu médicalisé pour les élèves ayant des besoins spécifiques et un accompagnement médical quotidien. Il existe deux types d’enseignement spécialisé en lien avec des centres médico-sociaux. La première est l’unité d’enseignement externalisée en milieu ordinaire. Dans ces unités, les élèves disposent d’un accompagnement spécialisé en lien avec le programme officiel de l’Education Nationale. De plus, les temps d’enseignement diffèrent selon les besoins de l’enfant. Ainsi les élèves peuvent bénéficier d’un suivi pédagogique et le maintien d’un niveau scolaire adapté tout en suivant des soins spécifiques. C’est la CDAPH (Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées) qui définit les différents dispositifs pour les élèves. Le second type d’enseignement est une unité d’enseignement externe au centre médico-social, ainsi les élèves sont inscrits dans une école ordinaire, dans une classe spécifique adaptée à leur niveau. Ainsi l’équipe médicale travaille en coopération avec l’équipe pédagogique pour le bien de l’enfant et de son inclusion progressive. Ces deux dispositifs se situent dans une école, un collège ou un lycée ordinaire mais tout est mis en œuvre pour faciliter l’inclusion des élèves, leur progression et les unités médicales sont proches des écoles pour que les élèves puissent suivre les cours tout en suivant des soins. 

   Certains élèves sourds ou malentendants sont scolarisés en milieu médico-social. En effet, en France il existe 4 Instituts Nationaux de Jeunes Sourds (INJS). Ces institutions sont sous la tutelle du ministère de la Solidarité et de la Santé. Les élèves peuvent suivre une scolarisation au sein de l’institut encadrée par des enseignants spécialisés et des professionnels de la surdité ou ils peuvent être scolarisés dans des centres d’enseignement interne en lien avec une classe ordinaire.

Scolarisation des jeunes sourds ou malentendants, education.gouv.fr

Le rapport aux autres 

Le contexte sanitaire et les difficultés de communication

   En cette période de crise sanitaire due à la COVID-19, le masque est obligatoire. Celui-ci est devenu pour les personnes malentendantes un double handicap. Si porter un masque partout et tout le temps est pesant pour certains, il a d’autant plus de conséquences sur la vie des personnes sourdes et malentendantes. Sans possibilité de lire sur les lèvres, nombre d’entre elles se retrouvent encore plus isolées de tous. 

   À l’isolement amplifié s’ajoute la fatigue. Avec les masques, les sons sont étouffés, plus lointains, moins clairs. Le manque d’audition ne peut être comblé avec la lecture labiale. Les vitres installées un peu partout devant les gens sont un obstacle supplémentaire aux sonorités. Les interactions se retrouvent limitées car communiquer est devenu un parcours du combattant. La vie sociale en prend un coup, et impossible de téléphoner à la famille et aux amis pour maintenir le lien malgré le confinement. Enfin, les masques, et surtout leurs élastiques, sont une catastrophe pour les prothèses auditives qui peuvent bouger ou tomber. 

Des solutions : Visière, masque inclusif et astuces.

   Grâce à des astuces, beaucoup arrivent à se débrouiller. Certains acceptent d’enlever le masque pour leur parler afin de gagner du temps et avoir une meilleure compréhension. Dans les lieux publics où l’on peut se faire rappeler à l’ordre pour le masque baissé, une autre solution serait l’utilisation du téléphone : écrire un message, et le montrer à la personne. Une solution acceptable dans l’urgence mais compliquée dans la durée. Sinon, certains utilisent le mime, écrire sur du papier, montrer des choses ou encore apprendre les rudiments de la langue des signes… De plus, il y a les équipements matériels par exemple, avec la visière transparente. Cependant, celle-ci ne protège pas du covid, elle est donc non homologuée.

   De plus, il existe les masques inclusifs. Ils permettent de lire sur les lèvres, facilitent la communication des personnes sourdes et l’apprentissage des sons chez les enfants. De plus, il est pensé pour faciliter la lecture labiale et rendre visibles les expressions du visage. Il peut parfaitement être utilisé pour les personnes sourdes ou malentendantes, en situation de handicap cognitif ou intellectuel mais aussi, chez les enseignants, les professionnels de la petite enfance ou tous professionnels en lien avec ces personnes. 

    Aujourd’hui la crise sanitaire a permis à la surdité de ne plus être invisible. 

Les acteurs autour de l’enfant

   De très nombreuses associations existent à travers la France. Des associations agissant au niveau national, régional ou départemental. La plus connue d’entre elles est la Fédération Nationale des Sourds de France. 

FNSF – Fédération Nationale des Sourds de France | La Fédération, c’est vous !

   Depuis 1997, la Fédération Nationale des Sourds de France, représente les personnes et les associations sourdes françaises. Elle s’inscrit dans la lutte pour la valorisation de la langue des signes. En 2016, elle regroupe plus de 80 associations et plus de 5 000 membres, avec un même objectif : valoriser la langue des signes dans tous les domaines tels que la santé, l’éducation, le droit, le patrimoine, la culture ou l’emploi. La Fédération Nationale des Sourds de France et ses associations sont toujours dans le combat pour que la Langue des Signes Françaises soit reconnue dans la Constitution Française. En effet, elle est reconnue uniquement dans le Code de l’Éducation, insérée par l’article 75 de la loi dite « égalité des chances des personnes handicapées » du 11 février 2005.

L’handicap et les activités extrascolaires 

   Il est nécessaire de développer l’accueil des enfants handicapés au-delà du temps scolaire. En effet, l’accès aux loisirs est un droit reconnu par la Convention internationale des droits de l’enfant ainsi que la Convention internationale des droits des personnes handicapées. Les enfants et adolescents peuvent donc participer par droits à toutes activités extrascolaires. 

Les unités de soins spécifiques aux personnes atteintes de handicap auditif

   Des unités spécifiques d’accueil et de soins ont été créées pour les personnes en situation de handicap auditif. A ce jour, il existe 24 unités de soins somatiques ou de santé mentale réparties sur le territoire. Les équipes exerçant au sein des unités offrent aux personnes malentendantes un accueil adapté à leur handicap. L’ensemble des patients concernés peut bénéficier du bilinguisme acquis par les équipes, que ce soit en français et en langue des signes française (LSF) ainsi que dans l’adaptation de ces 2 langues. 

Qualité de la prise en charge des patients sourds en établissements de santé (solidarites-sante.gouv.fr)

   Liste des unités d’accueil et de soins pour les personnes malentendantes : dgos_sourds_liste_uass_ls_130218.pdf (solidarites-sante.gouv.fr)

114 : Numéro d’urgence 

   Le 114 est un numéro d’appel d’urgence qui permet aux personnes avec des difficultés à entendre ou à parler de contacter tous types de numéros d’urgence. Grâce à ce numéro unique, national, gratuit, accessible par SMS ou fax, 24/24, 7/7, il est possible de contacter le SAMU (15), la Police-Gendarmerie (17), les pompiers (18). 

Les enfants malentendants sont davantages victimes de harcèlement

   Une étude américaine révèle que les enfants en situation de handicap, tels que les malentendants, supportent des taux d’harcèlement plus élevés. En effet, 38,7% des enfants malentendants et 50% des adolescents malentendants sont victimes de harcèlement. L’étude a comparé des enfants de 7 à 11 ans et des adolescents de 12 à 18 ans ayant une déficience auditive à des enfants et des adolescents sans déficience auditive. L’étude indique que les enfants malentendants courent un risque plus élevé de harcèlement parce qu’ils sont « différents » de la population en général. Enfin, parmi les autres types de harcèlement figurent les dommages matériels et verbaux ainsi que des moqueries.

 

Le 29 avril 2021,

Par Blouin Camille, Colombel Léna et Conan Lina

Lina Conan

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