Collaboration bibliothèque-école, un partenariat culturel essentiel ?

La relation bibliothèque-école est un partenariat de longue date. En 2012, « 81% des bibliothèques indiquaient nouer un partenariat avec les écoles », d’après l’article de Françoise Legendre « Quels réseaux « lecture » pour les enfants et les jeunes dans la ville » publié en 2015. Grâce au format numérique et au renouvellement continu de l’offre en littérature jeunesse, l’accès au monde littéraire et ainsi à la pratique de lecture est de plus en plus étendu pour les enfants. Mais de grandes difficultés de lecture restent conséquentes et ne cessent de créer des fossés culturels entre les élèves, écarts mesurés principalement au collège et perceptibles selon le capital lexical des élèves, pouvant parfois conduire à l’échec scolaire. 

Quel peut donc être le rôle d’un partenariat bibliothèque-école dans la réduction de ces inégalités scolaires ?

En quoi consiste un partenariat bibliothèque-école ?

  • La place des bibliothèques au cœur des partenariats culturels

C’est en 1968, lors d’un colloque, que l’idée de partenaires culturels est évoquée. Il y est abordé une nouvelle pédagogie dans laquelle la formation culturelle, l’éducation artistique, et l’ouverture au monde  seraient intégrées à la formation initiale. La pédagogie doit alors concerner tous les enseignants et se prolonger, hors de l’école, dans des activités culturelles.  C’est le début d’un lien partenaire-école. 

 

Nous pouvons distinguer deux formats de partenariat avec les bibliothèques : l’accueil de classes dans leurs locaux et l’intervention du bibliothécaire-documentaliste au sein même de l’école.

  • Les activités permises par un partenariat bibliothèque-école

Les bibliothèques accueillent des classes sur des temps consacrés aux écoles pendant lesquels elles sont souvent fermées au public. Ces temps d’éducation « hors les murs » s’organisent selon diverses modalités d’activités possibles.

Il peut être question de lecture d’ouvrages, de prêt de livres choisis par les élèves pour la classe ou pour une lecture plaisir à la maison, d’une participation à un comité de lecture ou à un projet plus large sur une thématique traitée de manière transversale dans les apprentissages. Depuis quelques années, se développent d’autres types d’ateliers tels que la lecture théâtralisée et la découverte du kamishibaï et des ombres chinoises. Enfin, les bibliothèques restent les lieux privilégiés pour des rencontres avec des auteurs, illustrateurs ou encore pour initier aux recherches documentaires.

Ce partenariat permet par exemple aux écoles de participer à des prix littéraires comme celui des Incorruptibles :

Certaines de ces activités (lecture, découvertes culturelles) sont également possibles lors de l’intervention d’un bibliothécaire-documentaliste dans l’école. L’activité de prêt, quant à elle, se veut alors limitée à une pré-sélection d’ouvrages réalisée par l’enseignant et/ou le professionnel du livre.

  • Le cas particulier des BCD

D’après « La bibliothèque d’école : de l’armoire bibliothèque à la BCD » de Françoise Lagarde publié dans le Bulletin des bibliothèques de France (2004), l’école a dès sa création reconnu le rôle important joué par les livres dans les apprentissages, en particulier en lien avec l’alphabétisation. Les manuels scolaires ont très tôt occupé une place conséquente à l’école élémentaire et sont toujours actuellement très présents. De plus en plus, l’accès des enfants à des œuvres qui leur sont en premier lieu destinées est facilité. En 1984, une circulaire définit la bibliothèque centre documentaire (BCD) comme lieu pour réunir une grande variété d’écrits au sein de l’école. Cet espace doit contribuer à former des lecteurs polyvalents, capables de s’informer, de communiquer, de lire et de rédiger différents types de textes. La BCD rend nécessaire une autonomie de l’élève et implique un véritable travail d’équipe des enseignants.

Tout comme pour l’accueil dans une bibliothèque publique, la BCD est un lieu dans lequel il est possible d’emprunter des livres ou de participer à divers projets dans un but pédagogique, notamment pour favoriser le développement de compétences en lecture, compréhension et écriture dans un esprit d’ouverture culturelle sur le monde.

Deux plans nationaux de développement des BCD ont permis par exemple aux zones rurales, pour lesquelles l’offre culturelle est souvent moindre, de profiter d’un élargissement des possibles en terme de prêts et d’achats de livres.

L’importance de bénéficier d’une BCD dans une école rurale :

Quels sont les enjeux de cette collaboration pour les apprentissages ? 

« Les missions fondamentales, à l’accomplissement desquelles doit tendre la bibliothèque publique, ressortissent à l’information, l’alphabétisation, l’éducation et la culture. » Manifeste UNESCO pour la bibliothèque publique (1994)

Les bibliothèques ont pour ambition l’ouverture culturelle du jeune public, le but étant de « stimuler l’imagination et la créativité des enfants » et leur permettre de distinguer la « lecture apprentissage » de la « lecture plaisir » afin de trouver un intérêt personnel à la littérature au sens large. Il est donc devenu nécessaire de construire un réseau « lecture ». Bâtir ce réseau par le biais d’un partenariat avec les écoles, c’est ainsi permettre à tous les jeunes scolarisés d’y avoir accès, de fréquenter le milieu littéraire peu importe leur origine sociale.

« La commune veille à l’accès des enfants au livre notamment par le moyen des bibliothèques d’écoles, de bibliothèques centres documentaires et en organisant les relations entre la bibliothèque municipale ou intercommunale et les écoles. » Charte des bibliothèques (1991)

Ce partenariat offre aux élèves une ouverture sur le monde en développant leur intérêt pour la lecture personnelle qui participe à la construction de l’individu mais elle permet également et surtout une ouverture culturelle. Cette collaboration s’inscrit parfaitement dans le PEAC (Parcours d’Éducation Artistique et Culturelle) mis en place par le Ministère de l’Éducation Nationale et permet ainsi de faire connaître le patrimoine culturel aux jeunes.

Parce que la bibliothèque a pour mission de « soutenir les activités et programmes d’alphabétisation, y participer », c’est un lieu qui se veut être propice au développement du capital lexical, capital qui fait souvent défaut aux élèves et les freine dans les apprentissages.

Quelles peuvent être les limites de cette collaboration ?

Bien que cette collaboration présente de nombreux avantages, elle a néanmoins quelques limites. En effet, la bibliothèque doit rester un lieu de « lecture plaisir », de découvertes culturelles. Ce partenariat ne doit pas imposer des contraintes de lecture aux élèves en dehors du temps scolaire. De plus, il est essentiel de garder distinctes ces deux institutions qui deviennent complémentaires lorsque les deux membres du partenariat se connaissent, établissent une relation de confiance et d’écoute.  Cette complémentarité est souhaitée et nécessaire pour le bon fonctionnement de cette collaboration même si cette dernière ne doit pas aller au-delà de ce pour quoi elle a été créée.

Par exemple, une lecture offerte lors d’un temps d’échange dans ce cadre de partenariat ne doit pas se substituer à un travail en milieu scolaire autour de la compréhension de lecture et de l’apprentissage de la lecture. En tant qu’enseignant, il ne faut pas oublier les objectifs d’une telle collaboration avec les bibliothèques et la dimension pédagogique qu’elle se doit de garder.

De plus, ce partenariat permet souvent aux enseignants de renouveler les œuvres à étudier, cherchant parfois de la nouveauté, mais il reste essentiel de trouver un équilibre entre œuvres contemporaines accessibles et proposées à la bibliothèque et œuvres plus classiques prescrites par l’Éducation Nationale. 

Conclusion

Un partenariat bibliothèque-école semble essentiel afin de donner le goût de la lecture et de réduire les fossés culturels entre les élèves. Mais il ne faut pas pour autant qu’il se substitue aux apprentissages scolaires spécifiques à la lecture et sa compréhension. Les activités proposées dans ce cadre doivent favoriser le libre accès au livre pour tous, les échanges et les découvertes culturelles.

 

Lucie BESSEICHE et Marion BIEVRE, étudiantes en M1 MEEF PE (VANNES)

 

Références

Association du Conseil supérieur des bibliothèques (1991). Charte des Bibliothèques. enssib.fr. Consulté le 20 mars 2021 sur https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/1096-charte-des-bibliotheques.pdf

Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales. Partenariat. cnrtl.fr. Consulté le 3 février 2021 sur https://www.cnrtl.fr/definition/academie9/partenariat

Chapron, F. & Vernotte, F. (1998). III. L’école et ses bibliothèques. Dans : Dominique Arot éd., Les Bibliothèques en France : 1991-1997 (pp. 83-97). Paris: Éditions du Cercle de la Librairie. https://doi.org/10.3917/elec.arot.1998.01.0083″

Lagarde, F. (2004).  La bibliothèque d’école : de l’armoire bibliothèque à la BCD ,  Bulletin des bibliothèques de France (BBF), n° 1, p. 22-25. https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2004-01-0022-005

Legendre, F. (2015). Quels réseaux « lecture » pour les enfants et les jeunes dans la ville ? Dans : Françoise Legendre éd., Bibliothèques, enfance et jeunesse (pp. 189-196). Paris : Éditions du Cercle de la Librairie. https://doi.org/10.3917/elec.lege.2015.01.0189″

Robert, A. (2008). Autour de mai 1968, la pédagogie en question. Le colloque d’Amiens. Les Sciences de l’éducation – Pour l’Ère nouvelle, 3(3), 27-45. https://doi.org/10.3917/lsdle.413.0027

UNESCO (1994). Manifeste de l’UNESCO sur la bibliothèque publique, 1994. unesdoc.unesco.org. Consulté le 20 mars 2021 sur https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000112122_fre

marion.bievre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.