Pas tous égaux face aux attentes de l’école

Pas tous égaux face aux attentes de l’école

Depuis le XIXème siècle, la démocratisation de l’école, notamment avec la loi Ferry de 1881, a amené les enfants de France à rejoindre les bancs de l’école. Ce phénomène a permis à tous les enfants quel que soient leurs milieux socio-économique, familial ou environnemental de bénéficier d’une éducation de qualité. Cependant, derrière cette volonté forte d’égaliser les chances, se cachent de nombreuses inégalités. L’école, par son fonctionnement, met en avant certaines pratiques socio-culturelles propres à certaines familles. Certains élèves ont alors du mal à trouver leur place au sein de ce système. Ce malaise peut même être ressenti chez les familles qui se sentent éloignées de la culture de l’école. Elles éprouvent une peur du jugement de la part de l’école du fait de ne pas être assez compétentes pour aider scolairement leurs enfants. Il est donc important en tant que professeur des écoles d’avoir conscience de tous ces facteurs qui entrent en jeu afin de prendre en compte la diversité des élèves présents dans notre classe. Nous nous focaliserons alors sur les facteurs liés à l’environnement familial des élèves en nous demandant quels sont leurs impacts sur la scolarité.

Les pratiques culturelles influent-elles sur le parcours scolaire des élèves ? 

Pierre Bourdieu et Claude Passeron dans Les Héritiers abordent l’impact que peuvent avoir les différentes pratiques culturelles en fonction des classes sociales des élèves. 

Ils abordent la notion de “capital culturel” qu’ils caractérisent comme étant l’ensemble des connaissances en matière de culture et la capacité à apprécier les œuvres issues de la culture savante. Le capital culturel de chaque élève est différent en fonction de la classe sociale à laquelle il appartient. Ces deux sociologues relèvent trois types d’élèves :

  • les élèves issus de la classe sociale favorisée
  • les enfants d’ouvriers, de paysans et d’artisans
  • les élèves issus de la classe moyenne

En fonction de leur milieu d’appartenance, la culture y est différente. 

Bourdieu et Passeron expliquent que la culture savante est la culture de référence à l’école. Elle regroupe des œuvres telles que le théâtre, la musique classique, la peinture Tous les élèves ne partagent pas la même culture dans leur environnement familial. Effectivement, les enfants issus de catégories favorisées sont éduqués dans des milieux où la culture savante prime. A l’inverse, la socialisation des élèves issus de familles plus défavorisées n’héritent pas des compétences culturelles inculquées par l’école. 

La famille est l’une des premières instances à transmettre les gestes de politesse aux enfants. Cependant, certaines familles par leurs pratiques ou croyances ne transmettent pas les mêmes gestes ou attitudes que ceux souhaitées à l’école. Ils peuvent même parfois être en contradiction. Cela met alors l’élève dans une situation délicate car il ne sait pas quel comportement adopter.

Dès tout petits, les enfants ressentent un besoin naturel de s’exprimer, d’entrer en communication avec le monde extérieur qui les entoure. Or, cela n’est pas abordé de la même manière selon les contextes familiaux. Nous ne sommes pas tous égaux face au niveau de langage que nous employons. Cela dépend également de la fréquence à laquelle les parents stimulent leurs enfants. Certains peuvent accorder beaucoup d’importance à lire fréquemment des histoires à leurs enfants afin de développer leur vocabulaire alors que d’autres peuvent ne pas le faire par faute de sens à cette activité, de temps ou de moyen, tels que les parents ne parlant pas le français par exemple. Les enfants n’arrivent donc pas avec le même bagage langagier à l’école.

 

INSEE : Enquête sur les conditions de vie d’octobre 2000. INSEE première 883- C. Tavan les pratiques culturelles : le rôle des habitudes prises dans l’ enfance.

 

Selon l’INSEE, dans l’ « enquête sur les conditions de vie » (octobre 2000), les enfants de cadres avec au moins une activité culturelle pendant l’enfance côtoient davantage les musées, expositions ou monuments historiques que les enfants d’ouvriers qui pratiquent ou non une activité culturelle pendant l’enfance.

Les stimulations familiales ont-elles un rôle à jouer dans le développement de leurs apprentissages ? 

La stimulation doit respecter le rythme de développement et d’apprentissage de l’enfant sans chercher à forcer les choses. Trois aspects ont été reconnus comme étant au cœur du développement du langage et de l’apprentissage chez les jeunes enfants :

  • la fréquence de participation d’un enfant à des activités d’apprentissage régulières
  • la qualité des interactions parent-enfant
  • la mise à la disposition de l’enfant de matériel d’apprentissage adapté à son âge
Style parental : son impact sur nos enfants (07/2020)

 

Qu’entend-on par implication parentale ? 

Nous pensons souvent que limplication parentale se limite à la supervision des devoirs car celle-ci est encore considérée comme le moyen d’échange le plus fréquent entre l’école et la maison. Cependant, l’implication parentale comprend également :

  • le soutien parental concernant le travail scolaire
  • la communication entre les parents et les enfants
  • la communication avec les enseignants
  • la participation des parents à la vie de l’école
  • les relations de la famille avec l’école

Pour la majorité de la société, le suivi actif des parents dans l’éducation de leurs enfants garantit la réussite scolaire. 

 

Mais qu’en est-il en réalité ?

Cependant, les devoirs sont encore, pour les parents d’élèves, le moyen favorisé pour dialoguer avec le milieu scolaire. 

Les parents dont les enfants sont en difficulté consacrent davantage de temps pour les devoirs. En France, 75% des enfants reçoivent une aide d’au moins un des parents. Or, la qualité de l’aide aux devoirs a peu d’effet sur la réussite scolaire. En effet, plus de 50% des parents en Corée du Sud et près de 40% en Allemagne déclarent n’aider jamais ou presque leurs enfants à faire leurs devoirs. Les résultats des enquêtes Pisa montrent que les élèves de ces pays obtiennent pourtant de bons résultats. Les performances des élèves sont donc liées au soutien et à l’accompagnement vers l’autonomie encouragée par les parents et non à la qualité ou au temps accordé à l’aide aux devoirs.

Devoirs à la maison – Circulaire du 29 décembre 1956

« Aucun devoir écrit, soit obligatoire, soit facultatif, ne sera demandé aux élèves hors de la classe. Cette prescription a un caractère impératif. »

De plus, nous entendons souvent dire que les familles de milieux favorisés s’impliquent davantage que les familles défavorisées dans la scolarité de leurs enfants. Il est courant de constater une absence de relations entre ces familles et l’école mais cela ne signifie pas pour autant qu’elles sont désintéressées de la scolarité de leurs enfants. Ce manque de lien entre le système scolaire et les familles est parfois responsable d’échecs scolaires.  Pour limiter l’écart culturel entre les familles défavorisées et l’école, il faut rapprocher les deux milieux afin qu’ils coopèrent. Il est encore possible d’engager ces familles au sein du milieu scolaire !

Concrètement, quelles solutions ?

En France, le Code de l’éducation considère les parents comme des « membres de la communauté éducative ».

La communication est un des enjeux majeurs de l’école. Actuellement, plusieurs dispositifs sont mis en place afin d’investir les parents dans le milieu scolaire et de limiter les inégalités. Depuis 2007, le mouvement « ATD Quart Monde » a mis en place un projet dans le quartier populaire de Maurepas, à Rennes. Il permet aux parents et aux enseignants de construire collectivement un projet dans un but commun : la réussite éducative pour tous les élèves (« En associant leurs parents à l’école, tous les enfants peuvent réussir » ATD.). De son côté, le dispositif « Ouvrir l’école aux parents pour la réussite des enfants » a pour objectif de favoriser l’intégration des parents étrangers primo-arrivants en les impliquant dans la scolarité de leur enfant. 

Circulaire n° 2017-060 du 3-4-2017. (consulté en Mars 2020)

Dispositif Ouvrir l’École aux Parents pour la Réussite des Enfants – Site EDUSCOL

Ces deux dispositifs mettant en jeu la participation des parents d’élèves dans la scolarité sont des exemples parmi tant d’autres. Nous retiendrons qu’en associant les parents, tous les élèves peuvent réussir !

 

Audrey, Fantine, Léa, Lauréline & Maëlle

 

 

Fantine.David

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