Elèves à Haut Potentiel entre facilités d’apprentissage et difficultés d’intégration

Selon certaines études, environ 3% des enfants sont considérés comme “à haut potentiel”. Cependant, tous ces enfants à haut potentiel ne sont pas forcément diagnostiqués comme tel. En effet, les Enfants à Haut Potentiel (EHP) sont sujets à de nombreux préjugés, qui, comme le dit Emmanuelle Gilloots dans Le Haut Potentiel Intellectuel, “rendent difficiles le diagnostic et la compréhension de ce qu’elles vivent, y compris par elles-mêmes”. 

En effet, il faut savoir que les Enfants à Haut Potentiel ont plusieurs noms : surdoués, EIP (Enfant Intellectuellement Précoce). Ces appellations font apparaître un apriori, “doué”, “génie”… Les personnes surdouées peuvent alors être vues comme des personnes qui auraient un “don”, supérieures aux autres. C’est la raison pour laquelle on doit considérer qu’un élève excellent n’est pas forcément un élève à haut potentiel, et un élève à haut potentiel n’est pas forcément un élève excellent. (Scolariser un élève à haut potentiel, Eduscol). 

Les idées reçues

  • Les enfants à HP sont premiers de la classe et doués en tout :

Les EHP possèdent un fonctionnement intellectuel singulier : leur cerveau fonctionne non seulement plus vite mais aussi plus efficacement. Leur maturité cérébrale rapide leur permet également de réaliser des apprentissages précoces par rapport à leurs pairs (dans différents domaines tels que neuromoteur, langagier, lecture, écriture …). Cependant, ce n’est pas parce que l’on peut ou que l’on dispose de capacités propices à ces apprentissages que nous les réalisons forcément. De plus le terme “doués”, renvoyant à une vision innéiste des capacités, est discutable.

Paradoxalement, ces enfants aux grandes capacités intellectuelles se trouvent bien souvent en difficulté scolaire (étude de Tordjman en 2005).

  • Ce sont des enfants perfectionnistes, susceptibles et rencontrant des difficultés émotionnelles

Certains EHP peuvent présenter des comportements de perfectionnisme ou une intensité affective. Cependant, les études sur le sujet restent mitigées quant à savoir s’il s’agit de traits propres et caractéristiques des EHP : les résultats ne montrent pas de différence significative entre les EHP et les autres (Cuche, 2014 ; Brasseur, 2013). Ces caractéristiques résulteraient davantage d’un ensemble de facteurs individuels et environnementaux. On ne peut toutefois négliger la répercussion des capacités cognitives particulières sur certains traits comportementaux, et affirmer qu’il n’y a aucun lien serait inexact.

A ce jour, impossible de réduire le haut potentiel à une série de caractéristiques spécifiques et prétendre que tous les enfants à haut potentiel se résument à ces particularités, puisque chaque individu se définit par un vécu, un environnement singulier et propre. 

La seule caractéristique “fiable” et pouvant être mise en évidence de manière indéniable correspond à de hautes capacités intellectuelles. Les autres caractéristiques individuelles fréquemment attribuées aux HP ne devraient pas l’être ou du moins pas corrélées directement au haut potentiel en soi, puisqu’elles ne sont que partiellement influencées par ces hautes capacités cognitives et intellectuelles.

  • Intelligence multiple et haut potentiel

Il existe différents types d’intelligences et par extension différentes formes de haut potentiel intellectuel. Les recherches de Gardner définissent huit formes d’intelligences :

  • LinguistiqueLes 8 formes d'intelligences - EDUQUER SON ENFANT
  • Logico-mathématique
  • Visuo-spatiale
  • Naturaliste
  • Interpersonnelle
  • Intrapersonnelle
  • Corporelle
  • Musicale

 

Ces différentes formes d’intelligences peuvent se développer conjointement ou indépendamment et il est possible de présenter un haut potentiel dans une ou plusieurs de celles-ci. Il existe donc bel et bien différents types de haut potentiel intellectuel.

Le lien entre haut potentiel et les théories de l’intelligence est donc étroit. Pour repérer le haut potentiel intellectuel, il s’agit alors de mettre en évidence une capacité supérieure de l’individu pour une série de tâches cognitives. Un facteur d’intelligence générale (facteur G) a été défini et se retrouve dans de nombreux tests de QI (échelles de Wechsler par exemple). Cependant, ce facteur définit la capacité d’un individu à agir en général avec intelligence et ne permet pas de mettre en lumière des performances précises et ou particulières ni de rendre compte des forces et faiblesses de l’individu. Ces outils de mesure de l’intelligence demeuraient jusqu’à peu limités pour définir le haut potentiel. Néanmoins, les dernières versions de ces échelles sont réfléchies de manière à étudier plus finement des profils de capacités et d’intelligences spécifiques. 

Des difficultés scolaires mises en avant

Les élèves à haut potentiel présentent de nombreuses aptitudes intellectuelles cependant parfois ces facilités d’apprentissage sont propices à l’apparition de difficultés qui peuvent s’expliquer par une communication compliquée avec les pairs. Cela laisse place également à l’apparition de comportements agités, provoqués par divers facteurs.

  • La relation avec les pairs 

D’après Ladd, Kochenderfer, Coleman (1997) et Hartup (1989), la relation sociale entre les pairs est d’une importance capitale. En effet, ils ont montré que la socialisation joue un rôle majeur dans la motivation des élèves et la réussite scolaire des élèves.

Or, depuis longtemps, les élèves à haut potentiel sont présentés comme insociables, introvertis et décrits comme étant fortement sensibles. Ce qui leur vaut une étiquette difficilement effaçable. Ce décalage important entre leurs compétences intellectuelles élevées et leur développement affectif faible est appelé dyssynchronie sociale et est une source de difficulté récurrente chez les enfants à hauts potentiels.

Ainsi, leur hypersensibilité et leur hyperémotivité donnent l’impression d’une immaturité affective, ce qui provoquerait chez eux des difficultés relationnelles avec les pairs. Par conséquent, ces élèves précoces auraient tendance à être exclus du reste du groupe. Ainsi « tout l’enjeu pour l’enfant précoce est de trouver sa place parmi ses pairs » comme l’indique Monique de Kermadec dans son ouvrage “L’enfant précoce aujourd’hui”.

Une autre raison à cette faible interaction avec les autres élèves peut s’expliquer par des centres d’intérêts différents. En effet, les élèves dits précoces ont tendance à être à la recherche de partenaires plus âgés dont les besoins cognitifs sont semblables.

Cependant, une étude menée par Norman, Ramsay, Roberts et Matray (2000) a rétorqué cette idée. Ils affirment que les enfants à hauts potentiels n’ont pas une moins bonne ou meilleure adaptation sociale que les autres.  De ce fait, le débat concernant cette idée de conflit relationnel reste donc encore ouvert.

  • La souffrance psychologique

Il est important de considérer que tous les EHP ne sont pas en échec scolaire mais sont peut être en situation de souffrance psychologique. En effet, d’après Catheline-Antipoff et Poinso, les EHP sont plus exposés aux troubles psychologiques que les enfants dont l’efficience intellectuelle est située dans la norme.

Dans le contexte scolaire, cette souffrance vécue par les EHP s’explique principalement en raison d’un conflit psychique entre l’envie d’être eux-mêmes et le besoin d’être reconnu par ses pairs. Ainsi, l’enfant précoce se « suradapte » pour répondre aux attentes de l’environnement causant, par conséquent, une dévalorisation de l’estime de soi.

  • Les comportements

L’enfant précoce se distingue de l’enfant scolaire par son comportement et sa façon d’acquérir les différents savoirs.

En effet, certains comportements récurrents peuvent être observés chez les enfants précoces notamment l’incapacité à rester assis relative à une hyperactivité ou encore des troubles de l’attention issus de problèmes de concentration. On remarque également, des difficultés à suivre les règles, notamment les règles de vie.

Ces comportements hyperactifs et oppositionnels peuvent être la cause de plusieurs mal-êtres. En effet, ces derniers peuvent être relatifs à un besoin de stimulations externes et internes ou seraient en rapport avec l’environnement scolaire non stimulant pour l’enfant qui conduirait à un ennui de la part de l’élève.  Une hypothèse, moins courante, sera de considérer ses actions comme des symptômes relevant d’une défense maniaque de l’enfant afin de lutter contre un stress.

Ainsi pour aider et accompagner au mieux les élèves à haut potentiel, des remédiations sont mises en œuvre par divers acteurs.

Les remédiations et accompagnements

  • Les actions éducatives

La scolarité des élèves à haut potentiel est très différente des autres élèves. Bien que l’élève peut avoir beaucoup d’aptitudes intellectuelles, ils éprouvent souvent beaucoup de souffrances et de difficultés scolaires, comme nous avons pu le lire précédemment. Il est donc indispensable d’organiser des remédiations et des accompagnements pour le bien-être de l’élève et le bon déroulement de son éducation au sein de l’École. 

L’enseignant est le premier acteur ayant du pouvoir pour venir en aide à l’élève. En effet, il est au cœur du quotidien de l’élève et saura déceler des comportements différents qui pourraient être dûs à une précocité intellectuelle. Pour cela, l’institution a mis à disposition des enseignants des grilles d’aides de repérage aux comportements des EHP, bien que leurs comportements puissent être très différents. C’est un premier pas vers un accompagnement adapté aux besoins éducatifs de l’élève. 

Lors du diagnostic de précocité, beaucoup d’idées reçues disent que l’on aborde le saut de classe comme solution aux difficultés. Ce n’est pourtant pas systématique et d’autres types d’accompagnement peuvent être mis en place sans toujours envisager le saut de classe, bien que ce soit parfois la solution.

Après avoir décelé les difficultés scolaires des EHP, en association avec l’équipe pédagogique et la famille de l’élève, deux types d’accompagnements peuvent se mettre en place : le PPRE (Programme Personnalisé de Réussite Éducative) ou PAP (Plan d’Accompagnement Personnalisé). 

Le PPRE répond à des difficultés scolaires ponctuelles. Ce programme vise à apporter des aménagements scolaires dans le but de valoriser, encourager l’élève et adapter l’enseignement à ses besoins. Il légitimise la différenciation pédagogique que va apporter l’enseignant. Tout cela vise à éviter le décrochage scolaire l’élève. La période du PPRE peut varier en fonction de l’élève et du contexte.

Le PAP répond à des difficultés scolaires durables. Ce plan est mis en œuvre dans le but d’apporter des adaptations à la scolarité de l’élève ainsi que des aménagements particuliers qui répondent aux besoins spécifiques. La durée du PAP est d’un an, puis il est réactualisé et poursuivi les années suivantes de sa création jusqu’à la fin de la scolarité de l’élève. Il permet un suivi du profil et évite ainsi les ruptures d’aménagements.

Les aides offertes aux élèves peuvent être très variées : aider l’élève à trouver une organisation, des méthodes de travail efficaces et adaptées, l’encourager et le rassurer dans son travail, s’assurer de son intégration au sein du groupe classe. En effet, nous avons pu le dire précédemment, les relations sociales avec les autres élèves peuvent être très complexes et c’est un point sur lequel l’équipe éducative doit porter vigilance.

Il est important de rappeler que chacune des actions menées pour améliorer la scolarité de l’élève se fait en concertation avec la famille de celui-ci.

Au-delà de ces aides et dispositifs, des acteurs peuvent venir en aide à ces élèves et répondre à leurs besoins éducatifs particuliers. Les RASED (Réseaux d’Aides Spécialisées aux élèves en Difficulté) peuvent intervenir auprès des élèves à la demande des parents ou de l’équipe pédagogique pour dispenser des aides spécifiques adaptées à l’élève. 

Par ailleurs, un suivi psychologique est souvent apporté pour répondre aux difficultés des élèves en ce qui concerne le mal-être affectif des élèves et notamment les relations sociales avec les pairs, précédemment citées.

  • Les associations

Les associations prennent une part importante dans l’amélioration des conditions scolaires des Élèves Intellectuellement Précoces. Deux associations nationales occupent une place importante : l’ANPEIP (Association Nationale pour les Enfants Précoces) et l’AFEP (Association Française pour les Enfants à Haut Potentiel. Ces associations sont présentes dans toute la France, et ce depuis plus de quarante ans. Gérées par des bénévoles (des parents pour la plupart), elles proposent leur aide aux familles et enfants précoces. Elles œuvrent pour une meilleure reconnaissance des élèves à Haut Potentiel ainsi qu’une meilleure prise en charge de ses élèves. Y sont proposés également de nombreux événements dans toutes les régions de France: des ateliers à destination des parents, des enfants ; des permanences accueillant les familles… Le but est d’accompagner au mieux les personnes concernées dans la prise en compte de ce Haut Potentiel.

Besoins éducatifs particuliers

Comme nous l’avons dit précédemment, l’enseignant a un rôle fondamental dans l’encadrement des EHP. Ces enfants ont des besoins éducatifs particuliers (BEP), sur lesquels l’enseignant va devoir porter une grande attention. Il s’agit donc de mettre en place une différenciation pédagogique, si cela est nécessaire pour l’enfant. En effet, comme cela a été dit, certains EHP ne rencontrent pas forcément de difficultés d’apprentissage, mais ils peuvent tout de même bénéficier d’aménagements pédagogiques qui vont leur permettre de développer leur potentiel. 

Pour certains, il faudra mettre en place une différenciation pédagogique, c’est-à-dire une pratique de l’enseignant et des dispositifs qui vont permettre de prendre en compte l’hétérogénéité des classes pour accompagner chaque élève selon ses compétences et ses capacités. “La différenciation pédagogique peut aller de l’adaptation de la tâche, à la progression accélérée dans une ou plusieurs matières en fonction du rythme de l’élève” (Scolariser un élève à haut potentiel, Eduscol). Le bénéfice de cette action va être que l’enfant reste au sein de la classe, avec les autres, sans étiquetage. Cependant, la différenciation a ses limites puisque l’enseignant manque parfois de temps à consacrer à l’élève, dans les cas où celui-ci ne s’inscrit pas dans un groupe et est en décalage avec tout le reste de la classe. 

Un tutorat par les adultes peut aussi être mis en place, s’il est accepté par l’élève et sa famille. Ce dispositif peut avoir plusieurs bénéfices, comme la remise en confiance de l’élève et la réconciliation avec l’école. De plus, cette action peut avoir une part psychologique puisque cela permet à l’élève d’avoir un moment avec un tiers pour discuter des éventuels problèmes avec les professeurs, les élèves… Enfin, comme cela a été expliqué précédemment, c’est au cours de ces séances de tutorat que des techniques de travail, comme l’utilisation de cartes mentales par exemple, seront mises en place selon les besoins de l’élève. Enfin, durant ces séances, un travail sur les émotions et sur le comportement sera intégré afin de permettre à l’élève de se sentir bien en classe et de pouvoir s’intégrer correctement. 

De plus, des enrichissements du parcours scolaire de l’élève peuvent être mis en place avec trois types d’enrichissements, qui vont de l’activité d’éveil à la mise en place de problèmes concrets, à résoudre individuellement ou en petits groupes, en mettant l’élève à une place de chercheur. 

Le décloisonnement peut être aussi une solution pour les élèves qui sont en trop grand décalage par rapport au reste de la classe sur certaines notions. On peut alors proposer à l’EHP de participer aux activités des classes inférieures ou supérieures, le plus souvent possible, pour enrichir ses connaissances ou pallier aux difficultés. 

Puis, comme cela a été évoqué précédemment, une accélération du cursus peut être mise en place. Cela peut se mettre en place par un saut de classe, qui n’est pas forcément une solution favorable à l’enfant. Cependant, selon le contexte et la situation de l’enfant, c’est une solution envisageable, qui peut prendre en compte un raccourcissement du cycle sous forme d’un compactage. L’intégralité du programme sera alors traitée, mais en moins de temps qu’un cycle classique. 

Enfin, une solution plus douce qu’un saut de classe peut être mise en place, c’est-à-dire une inscription dans une classe à double niveaux, ce qui va permettre plus de souplesse, et une organisation moins marquée que lors d’un décloisonnement, mais aussi un enrichissement dans les apprentissages. Cette solution peut être envisagée, en prévoyant, à terme, un saut de classe si le besoin s’en fait ressentir, mais cela ne changera pas l’environnement de l’élève, qui restera avec ses camarades, tout en montant de niveau de classe.

Conclusion

Les élèves à haut potentiel sont donc un défi pour l’École, et notamment l’école inclusive. L’enjeu de leur scolarisation est le bien-être de chacun, malgré les difficultés, et selon les besoins. Grâce à des aménagements, des dispositifs mis en place dans la classe ou en dehors, la famille et l’équipe éducative collaborent pour permettre à l’élève à haut potentiel de trouver sa place et son chemin. 

Emma.ferrand

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