Lutter contre le décrochage scolaire

En quoi la relation école-famille est-elle primordiale pour lutter contre le décrochage scolaire ? 

Lutter contre le décrochage scolaire : 

Dans un contexte de crise sanitaire, le risque de décrochage scolaire a fortement augmenté depuis le premier confinement du printemps 2020. Le ministère de l’éducation nationale définit le décrochage comme un processus qui conduit un jeune en formation initiale de se détacher du système de formation avant d’avoir obtenu le diplôme. Il existe de nombreux facteurs qui favorisent celui-ci. Ce phénomène touchait, en 2019, 8,2% des jeunes, contre 12,6% en 2010. On compte environ 95 000 jeunes qui sortent chaque année sans qualification. 

Les facteurs familiaux du décrochage scolaire : 

La famille a un rôle de premier plan en ce qui concerne le décrochage scolaire, qui influe sur l’enfant et son comportement à l’école. L’enfant ayant besoin d’appui et de soutien, en dehors de l’institution, les parents doivent relayer l’action de l’école afin de favoriser sa réussite. Une faible implication et/ou un désintérêt des parents ne met pas l’enfant dans de bonnes conditions. « Les facteurs de risque de décrochage scolaire entrent en jeu très tôt, souvent dès la petite enfance. Ces facteurs s’accumulent au fil des années. Plus ils sont nombreux, plus les risques de décrochage sont élevés », explique Pierre Potvin, professeur associé au Département de psychoéducation à l’UQTR. 

De plus, des études démontrent que vivre au sein d’un foyer monoparental est un facteur de décrochage. Il en est de même pour un contexte familial conflictuel qui à tendance à stresser et à déstabiliser l’enfant. L’enfant se construit dans un équilibre entre l’école et la famille. Si l’une des deux composantes est fragilisée, la capacité de travail s’amenuise. 

Enfin, le niveau d’éducation des parents influe sur la réussite scolaire des enfants (Kakpo, 2009 ; Glasman et Besson, 2004 ; Thin, 1998 ; Lahire, 1995). Les élèves issus de familles favorisées sont plus susceptibles d’être davantage exposés à la culture plus jeunes (musées, bibliothèques, voyages, etc). Les familles provenant de milieux sociaux défavorisés ou ayant des parents en situation d’illettrisme éprouvent de la méfiance envers l’école. Ces familles ressentent de l’abandon par l’école ainsi que de la disqualification et de l’enfermement en raison de leur origine sociale et ont une mauvaise mission de l’enseignement. Les enseignants sont perçus comme “défaillants dans leurs fonctions pédagogiques puisqu’ils ne réussissent pas à enseigner à lire, écrire et compter à leurs enfants, excluant les enfants ou ayant des attitudes” (Catherine Blaya). Cette représentation du milieu scolaire est parfois basée sur les propres mauvaises expériences des parents et leur donne donc une vision biaisée.

Les solutions apportées et à apporter :

Le rôle de l’École : 

 Annoncé par le président de la République le 13 septembre 2018 à l’occasion du lancement de la « stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté », l’obligation de formation pour les jeunes de 16 à 18 ans prévue par la loi n° 2019-791 du 26 juillet 2019 pour une école de la confiance (article 15) est entrée en vigueur à la rentrée de septembre 2020 (article L. 114-1 du code de l’éducation). Elle concerne à la fois les jeunes mineurs « décrocheurs » sans qualification mais également ceux qui possèdent un diplôme et ne trouvent ni emploi ni formation. L’ambition est de ne laisser aucun jeune mineur sans solution de formation et d’accompagnement. C’est également l’objectif du plan « 1 jeune / 1 solution » présenté par le Premier ministre le 23 juillet 2020. Il mobilise un ensemble de leviers: formations, aides à l’embauche, accompagnements ou encore aide financière aux jeunes en difficulté.

L’accueil, le suivi et l’accompagnement des jeunes s’effectuent dans le cadre du « service public régional de l’information » (SPRO) par l’ensemble des acteurs mobilisés dans les « plates-formes de suivi et d’appui aux décrocheurs » (PSAD)Le pilotage régional de l’obligation de formation est confié aux Préfets de région, aux Recteurs de régions académiques et aux présidents des conseils régionaux en lien avec les « commissaires à la lutte contre la pauvreté » et les « délégués régionaux académiques de l’information et de l’orientation » (DRAIO).

La lutte contre le décrochage scolaire s’intègre également  dans une action interministérielle afin de repérer et accompagner les jeunes en situation de décrochage scolaire. Le système interministériel d’échange d’information (SIEI) permet de faire un repérage des jeunes en décrochage à partir de croisement de bases de données entre le ministère de l’éducation nationale et de ses partenaires tels que les centres de formation des apprentis. Il existe 4 campagnes de repérages annuelles. 

De plus, des plates-formes de suivi et d’appui aux décrocheurs ayant pour but de contacter les jeunes repérés par le SIEI permettent de leur proposer un entretien dans l’objectif de trouver des solutions. 

Le rôle de l’établissement envers la famille : 

Pour aider l’élève et sa famille, les dispositifs créés par l’Etat ne suffisent pas et le soutien de l’équipe pédagogique de l’établissement est primordial. Depuis mars 2013, un Groupe de Prévention du Décrochage Scolaire ou GPDS doit obligatoirement être créé dans chaque établissement du second degré. Constitué de nombreux acteurs (professeurs, infirmière, documentaliste etc.), il doit faciliter la détection des élèves présentant des signes de décrochage scolaire et leur apporter des solutions pour les accompagner, les réorienter etc. Au centre de ce dispositif, le “référent décrochage scolaire” est désigné comme tuteur de l’élève en difficulté et organise les actions du GPDS pour l’aider (réunions, diagnostics etc.). Le GPDS travaille également en relation avec la Mission de Lutte contre le Décrochage Scolaire ou MLDS qui participe au repérage des élèves en difficulté et les soutient pour éviter les sorties du système scolaire sans qualification pour les élèves de moins de 16 ans.

Pour faciliter la réintégration de l’élève dans le système scolaire, le soutien de la famille est nécessaire. Dans un séminaire intitulé “Relations école-familles de la maternelle au lycée”en juin 2018, deux équipes pédagogiques des lycées professionnels L’Odyssée à Pont-de-Chéry (38) et Marc Seguin à Venissieux (69) ont apporté leur témoignage sur la problématique des relations école-familles. Généralement, elles constatent des relations distendues (absence ou ennuis aux réunions, distance géographique etc.) créées par “une somme d’incompréhension entre enseignants et parents” (langage administratif, parcours scolaire difficile des parents etc.). Diverses solutions ont alors été apportées : envoi de questionnaires aux parents, réalisation d’un trombinoscope (permettre l’identification du personnel éducatif), présence d’un médiateur lors des réunions parents-professeurs pour faciliter les échanges etc. Ces dispositifs ont permis de montrer que les parents se soucient particulièrement de l’avenir de leurs enfants mais subissent leur manque de connaissance sur l’organisation du système éducatif et des appréhensions liées à leur propre parcours scolaire.

La crise sanitaire du COVID-19 a également accru les problèmes liés au décrochage scolaire. En mai 2020, l’ONISEP a notamment proposé un protocole et des documents de liaison entre l’établissement scolaire et les familles des élèves en risque de décrochage scolaire pour faciliter le contact entre les deux parties.

 

Martinage  C.-Alexandra, Auriel Florentine, Goupil Clément, Hamon Tom

 

clement.goupil

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