Les inégalités sociales : un facteur majeur dans la scolarité ?


Introduction


L’école a dans un premier temps été réservée à la bourgeoisie. Elle servait plutôt à promouvoir les meilleurs élèves, dans le but d’élever la nation. Ainsi, les enfants d’ouvriers et de paysans eux n’avaient que très peu accès à l’école, et l’ascension sociale, aujourd’hui promue par l’école, n’était, en aucun cas, effective.

Puis, est arrivée l’époque de la massification scolaire, où l’argument principal était la non-sélection à l’entrée de la scolarité. L’objectif était que tous les enfants, issus de quelques milieux que ce soit, aient accès à l’éducation. Finalement, cette promesse de non-sélection se voit modifiée, on observe désormais une sélection pendant la scolarité. Pour cela, plusieurs stratégies sont employées (notamment les stratégies des parents quant à l’orientation de leurs enfants), et celles-ci, dues à des inégalités sociales, tendent à renforcer les inégalités scolaires.

Cet article vise à s’interroger sur l’impact des inégalités sociales dans la scolarité des élèves. Il s’agit d’abord de porter notre attention sur la nature de ces inégalités, nous étudierons par la suite les politiques éducatives mises en place en France, puis nous finirons par nous demander si finalement l’école constitue un facteur d’amplification des inégalités sociales…          


La nature des inégalités sociales


Afin d’étudier les inégalités scolaires, il est dans un premier temps primordial de s’interroger sur la nature des inégalités sociales qui en sont à l’origine.

Tout d’abord, la majeure partie des inégalités sociales est due à la grande pauvreté qui touche une importante part des ménages français, plus de 1.2 million d’enfants en France. Cet état de fait positionne les enfants dans une situation personnelle aggravant leurs difficultés scolaires. En effet, cette précarité touche le sommeil et l’alimentation de l’élève, celui-ci peine alors à s’investir dans sa journée d’école. 

D’autre part, une autre partie des inégalités qui se répercute sur la scolarité des élèves peut s’expliquer par les différences culturelles qui persistent. En effet, chaque élève est doté d’un capital culturel dès son arrivée dans l’institution scolaire. Celui-ci s’enrichit au fil des années, mais il est important de se rendre compte que certains élèves commencent l’école avec un retard comparé à d’autres. Effectivement, dans certaines familles, les codes de l’école sont acquis très tôt, avant l’entrée à l’école des enfants, tandis que pour d’autres, l’entrée à l’école commence d’abord par une acceptation et compréhension de ces codes. Ainsi, les inégalités culturelles se retrouvent fréquemment dans la scolarité des élèves, cette scolarité est facilitée lorsque les familles ont acquis les codes de l’école.

Ces inégalités sociales ont pour conséquence d’autres inégalités au sein du parcours scolaire des élèves. D’après le rapport du Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO), elles peuvent être de plusieurs ordres.

Les inégalités

  • d’aspiration : Les familles de milieu favorisé ont souvent plus d’aspiration pour leurs enfants que celles issues de milieux défavorisés.
  • d’orientation : En conséquence des inégalités d’aspiration, on retrouve souvent plus d’élèves issus de milieux favorisés dans les filières les plus élitistes. Ces familles ont aussi souvent tendance à élaborer des stratagèmes dans le but de déroger à la carte scolaire. Cela engendre une ségrégation scolaire, on observe une répartition des élèves dans les établissements qui suit la répartition du public dans les quartiers. Et aussi une offre scolaire qui se diversifie, avec des enseignements différents selon les établissements. 
  • de diplôme : L’orientation inégalitaire des classes sociales à forcément pour conséquence des inégalités de diplômes. Or, le diplôme obtenu après le bac détermine très souvent la future position sociale de l’élève. 
  • de redoublement : À résultat et sexe égaux, on observe plus de risques pour un élève issu de milieu défavorisé de redoubler qu’un élève issu de milieu favorisé. 
  • de résultats : D’après une enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), l’école s’avère efficace pour les élèves de milieux favorisés (résultats en hausse), mais elle se révèle parfois inefficace, voire contre-productive (résultats stables, voire en baisse) pour ceux issus de milieux défavorisés.

La politique éducative adoptée par la France


La politique éducative française est centrée sur la mise en place de dispositif d’accompagnements personnalisés sans changer les pratiques enseignantes et les stratégies d’apprentissage des élèves. Contrairement aux autres pays de l’organisation européenne de coopération économique (OCDE) qui ont fait le choix de développer des politiques éducatives permettant de prévenir les difficultés scolaires potentielles de tous les élèves au sein même d’une classe. 

Les dispositifs mis en place lors de la réforme de 2016, avaient pour objectif de lutter contre les déterminismes sociaux, de faire la promotion des valeurs citoyennes et républicaines ainsi que de développer l’accompagnement personnalisé pendant le temps scolaire. Cependant, ils se déroulent majoritairement à côté de la classe, sans lien avec ce qui se passe dans celle-ci. Les nombreux acteurs y participant posent un problème de coordination, ils se superposent sans tenir compte du précédent.  De plus, le peu de moyen attribué rend leurs mises en place sur le terrain compliquées. Selon le rapport du conseil national d’évaluation du système scolaire (CNSECO) pour les rendre davantage efficaces auprès des élèves, il faudrait mettre en place des dispositifs de co-intervention entre les différents intervenants. 

Du côté des familles, le problème principal est la complexité des processus administratifs et le manque de suivi des familles. De nombreux parents ne font pas les démarches nécessaires pour bénéficier des bourses sur critères sociaux, des fonds sociaux ou d’aides financières apportées par les collectivités. Ce phénomène de « non-recours » occasionne alors des disparités entre les élèves. Pour pallier ce phénomène et ainsi lutter un peu plus contre les inégalités scolaires, le CNSECO propose de mettre en place des campagnes de communication, des suivis de dossiers plus régulier ainsi que l’intervention des services sociaux et associations spécialisées, il est également impératif de garantir aux familles la confidentialité des démarches.

« Si la politique de formation initiale (depuis les IUFM jusqu’aux Espé) a bien pris en compte la nécessaire formation des enseignants novices, la formation continue, qui a servi de variables d’ajustement budgétaire, est depuis deux décennies en très net recul. » (CNSECO)

Pour finir, les inégalités entre élèves au sein du système scolaire sont également dues au manque de formations adaptées proposées aux enseignants. En effet, toujours selon le CNESCO, il serait important de mettre en place des formations continues adaptées qui permettraient aux professeurs de développer l’enseignement explicite nécessaire en particulier pour les élèves défavorisés (éloignés des codes et de la culture scolaire) qui ont besoin d’un encadrement pédagogique renforcé.


L’école, un facteur d’amplification


La politique éducative mise en place en 1981 repose sur un principe de discrimination positive, c’est-à-dire « donner plus à ceux qui ont le moins ». Le but de cette mise en place était de renforcer l’action éducative dans les zones et les milieux sociaux où les inégalités scolaires et l’échec scolaire sont particulièrement élevés et provoqueraient des obstacles à la réussite scolaire des enfants et à leur intégration sociale. Un des « moyens » mis en place pour pallier ces inégalités sociales était notamment une diminution des effectifs dans les classes, favorisant ainsi les actions des enseignants auprès des élèves. Cependant, selon le rapport du CNESCO, la réalité de ces établissements est tout autre et les résultats obtenus sont bien loin de ceux espérés.

Il s’est avéré que les REP étaient des environnements scolaires peu porteurs pour les apprentissages des élèves défavorisés. Tout d’abord, la stigmatisation de ces établissements renvoie une mauvaise image que ce soit pour le bâtiment ou pour les élèves. Porteur de cette image de milieu défavorisé, les élèves ne sont pas impliqués dans leur futur et se confortent dans l’image que l’on a d’eux comme étant de « mauvais élèves ». Cette ségrégation sociale est accentuée par l’absence de mixité sociale au sein d’un même établissement.  

Un tiers des élèves en REP a déclaré ne pas se sentir en sécurité dans leur école contre un quart ailleurs. Ce climat de violence instauré représente aussi une barrière quant à l’idée de départ de ce dispositif. Cette violence provoque des relations élèves/enseignants différenciées selon le niveau scolaire et donc le niveau social.  De plus, du côté des enseignants, le temps nécessaire à la mise en place d’un climat serein et favorable aux apprentissages est un temps en moins, allant jusqu’à 7 semaines et demie sur 36, par rapport aux autres établissements et creuse davantage les écarts déjà présents. Un taux d’absentéisme et d’exclusion anormalement élevé en comparaison aux autres écoles fait aussi partie de l’accentuation de ces écarts.

L’écart du nombre d’élèves par classe promis lors de la création des REP afin d’assurer l’équité dans le système scolaire ne se retrouve pas sur le terrain.  On observe en moyenne -1,87 élèves/classe dans le premier degré et -2,17 dans le second degré. Cette différence d’effectif est trop faible pour avoir un réel impact positif. Selon certaines études, il faudrait une réduction plus radicale afin de commencer à observer des résultats.

Si les REP ne se sont pas avérées positives pour les élèves, ce ressenti est partagé du côté enseignant. L’absentéisme important ne se retrouve pas seulement chez les élèves, mais les enseignants aussi font face à de nombreux congés maladie et arrêts de travail notamment dû à une jeune population d’enseignants placés directement dans des conditions difficiles. Le fait qu’un grand nombre de jeunes professeurs soient envoyés dans des REP provoque un turn-over important qui impacte la qualité des enseignements qui devraient être renforcés selon la volonté de départ. Ce turn-over provient du fait que les jeunes enseignants essayent de partir au plus vite des établissements défavorisés et donc induisent des équipes pédagogiques peu stabilisées, peu expérimentées et qui ne s’investissent pas dans le temps. Tous ces éléments ne vont pas dans le sens de l’amélioration de la qualité de l’apprentissage donné aux élèves et accentuent les écarts persistants en comparaison aux établissements dits « classiques ».

Toutes ces conditions font que les établissements portent une image scolaire dégradée qui handicape les élèves et les poursuit au cours de leur scolarité. L’image portée par les REP et le climat de violence (vu au-dessus) provoque une fuite des parents par dérogation à la carte scolaire, ce qui accentue les écarts et diminue la mixité déjà faible.

Au final, malgré une volonté de départ de « donner plus à ceux qui ont le moins », le système se révèle être défaillant. En effet, la discrimination positive par une ségrégation sociale voulue au départ de la création des dispositifs de REP a finalement des effets négatifs qui maintiennent les écarts déjà présents et les accroissent. Les élèves et les enseignants se retrouvent donc dans un contexte qui se révèle être handicapant et impactant directement le climat scolaire et les apprentissages.


Pour aller plus loin


Carte mentale : https://mm.tt/1685462126?t=HaZliK7efE

Rapport du CNSECO : https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/164000613.pdf

Émission de radio France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/rue-des-ecoles/lecole-est-elle-vraiment-de-plus-en-plus-inegalitaire

Rivière Elodie, Fournier Laura, Ruaud, Ruaud Colombe et Morfouesse Coralie

Laura Fournier

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