Les inégalités de réussite à l’école

Problématique : Dans quelle mesure les catégories les plus précaires subissent-elles davantage les inégalités de réussite à l’école, existe-t-il des solutions pour y remédier ?

A- La massification scolaire entraîne-t-elle inéluctablement un accroissement des inégalités de réussite à l’école ?

Sous la Ve République (1958), le système scolaire français connaît une massification spectaculaire qui se caractérise par un allongement de la durée des études et par l’accès d’une large partie de la population à un niveau de qualification élevé, qui était auparavant réservé à une minorité d’élèves majoritairement issus des catégories sociales les plus privilégiées.

  • Des politiques qui modifient la structure du système scolaire à partir des années 1950

La fin des années 1950 marque un tournant dans le processus de massification scolaire et d’allongement de la durée des études ainsi que dans la transformation de la structure du système scolaire, bien qu’à la fin des années 1950, le taux de scolarisation d’une classe d’âge en sixième n’atteint pas 50 %. En 1975, est votée la loi Haby, elle prolonge les réformes précédentes en créant le collège. Tous les enfants entrent en sixième dans des classes indifférenciées et les filières disparaissent.

En 1985, l’objectif est de mener 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat à l’horizon de l’an 2000. Ainsi, le passage d’un nombre d’élèves en classe de seconde pour entrer en lycée général et technologique est facilité. C’est la loi d’orientation du 10 juillet 1989, dite loi Jospin, qui réaffirme l’objectif d’amener 80 % d’une génération au niveau du baccalauréat et de ne plus laisser sortir des jeunes sans qualification du système éducatif.

  • Ce qui entraîne une massification quantitative du second degré

La mise en œuvre des politiques qui organisent l’allongement des études et qui homogénéise leur contenu s’observe premièrement par un fort accroissement du nombre d’élèves dans l’enseignement secondaire. En effet, l’analyse de l’évolution des effectifs des classes de fin d’études primaires et du collège illustre la généralisation de la massification du premier cycle (cf. figure 1).

Source : INSEE

Depuis la mise en place de la réforme Berthoin (1959), jusqu’au vote de la loi Haby en 1975, le nombre d’élèves scolarisés dans les classes du collège allant de la sixième à la troisième est passé d’environ un à trois millions. En 1967, avec la suppression des classes de fin d’études, les structures d’accueil de tous les jeunes français âgés entre 11 et 15 ans sont déjà formées et permettent de songer à la suppression de l’orientation précoce des élèves les plus en difficultés à la fin de la classe de cinquième. Après avoir augmenté de 30 % entre 1959 et 1962, le nombre effectif d’élèves au collège a augmenté de 58% entre 1968 et 1972 pour se stabiliser aux alentours des trois millions.

Par ailleurs, l’évolution des effectifs du second cycle général et technologique est tout aussi considérable. En effet, en 1958 c’est moins de 400 000 élèves qui sont scolarisés au lycée de la seconde à la terminale contre 1,5 million au début des années 1990. La croissance est importante de 1959 à 1967 car nous observons un doublement du nombre de lycéens passant d’environ 400 000 à 800 000 élèves.

Il y a donc  une massification considérable sous la Ve République de l’ensemble du système scolaire français. (cf figure ; proportion des bacheliers dans une génération par voie).

Source : INSEE
  • L’ampleur et les limites du processus de massification, une réduction relative des inégalités scolaires en fonction des différentes origines sociales des élèves.

La massification de l’enseignement secondaire a contribué à améliorer de façon considérable le niveau de qualification des jeunes en France. Cette massification s’accompagne d’une diminution relative des inégalités scolaires. En effet, dans les années 1930, un enfant de cadres avait 35 fois plus de chances d’avoir son baccalauréat qu’un enfant d’ouvriers, un rapport qui s’est réduit à 10 au début des années 2000.

Toutefois, depuis le début des années 1980 les difficultés scolaires rencontrées dès l’arrivée au collège sont en réalité rarement surmontées, ce qui entache le reste de la scolarité de ces élèves. Une situation qui entraîne des réformes du collège comme celle initiée en 1982 par Louis Legrand qui incite à la “pédagogie différenciée” pour répondre à l’hétérogénéité nouvelle ainsi qu’à la “pédagogie fonctionnelle” qui consiste à mettre en place des situations où l’élève ressent le besoin d’apprendre.

C’est à partir du milieu des années 1990 que les inégalités scolaires, qui avaient régressées, se reconstituent. Bien que pour la majorité des groupes sociaux l’accès au baccalauréat progresse, nous observons des différences au sein de cette évolution.

De nos jours, les parcours scolaires au collège s’homogénéisent, environ six élèves sur dix arrivent en seconde sans avoir rencontrés de difficultés (redoublement, réorientation…) au collège contre moins d’un sur deux au début des années 2000. Ces inégalités sont le plus souvent liées aux différences de capital scolaire des parents, dont le collège a du mal à réduire le poids. La France se caractérise comme étant le pays le plus inégalitaire parmi les membres de l’OCDE, la performance scolaire est fortement liée au niveau socio-économique et culturel des familles.

Un phénomène renforcé par le processus de massification scolaire de la seconde moitié du XXe siècle, qui semble inéluctablement entraîné un accroissement des inégalités de réussite à l’école et mettant en lumière les difficultés pédagogiques du collège unique qui persistent depuis les origines et tendent même à s’aggraver aujourd’hui avec la pandémie de covid 19.

B- Vers une ségrégation sociale en milieu scolaire ?

  • Un important déséquilibre

On compte environ 10 % d’élèves qui fréquentent un établissement qui accueille au moins 63 % d’élèves issus de milieux socialement défavorisés.

La ségrégation sociale peut être 10 fois plus importante dans certains départements que dans d’autres.

Source : cnesco

Selon le ministère de l’éducation national, les établissements privés, sous contrat, représentent 24% des collèges et 21% des élèves en 2015. Pour autant, ces établissements concentrent une part importante d’enfants de milieu favorisé au niveau national.

37% des collégiens sont d’origines favorisés, contre 19% dans le public. Il y a donc un écart important entre les établissements privés et publics.

 

 

  • On observe trois niveaux de ségrégation :

Premier type de ségrégation, l’un des plus étudié et connu, celui entre les établissements privés et publics. La ségrégation dans les établissements privés est plus forte que celle dans les établissements publics, dans la grande majorité des académies. Comme nous l’avons vu précédemment, les populations favorisées se concentrent davantage dans les établissements privés et inversement.

Le deuxième type de ségrégation est la ségrégation urbaine, en particulier dans les grandes agglomérations, les élèves de milieu défavorisés sont surreprésentés dans certaines zones d’habitations.

Les collèges des départements présentant la plus forte ségrégation sociale sont essentiellement situés dans les départements urbains. Parmi ces départements où la ségrégation est importante, l’île-et-Vilaine (Rennes), la Gironde (Bordeaux), Les Bouches-du-Rhône (Marseille), ou encore les départements de la couronne parisienne. Nous pouvons ainsi observer sur la carte ci-dessous que les départements compris dans la diagonale des faibles densités sont moins sujets à la ségrégation, c’est en partie car ils sont moins urbanisés et densément peuplés. (cf carte ci-dessous)

                                                                                                Source : Cnesco

La ségrégation entre établissements est un phénomène prédominant en zones urbaines. En effet, les établissements des zones rurales recrutent sur un rayon plus important, ce qui contribue à créer de la mixité sociale et scolaire.

Enfin, le 3e type de ségrégation, est la répartition géographique des élèves, qui n’est pas toujours respectée. Certains collèges, surtout privés, concentrent une importante proportion d’élèves vivant loin de leur lieu de résidence.

  • Une ségrégation qui s’accentue à l’intérieur des établissements

Les études institutionnelles se sont souvent exclusivement intéressées aux ségrégations entre les établissements, la ségrégation dans l’établissement est souvent négligée alors que son ressenti y est tout aussi important. Ce phénomène s’observe notamment dans la mise en place des classes, la composition des classes échappe souvent au simple hasard, et amplifie les inégalités.

Dans près de la moitié des collèges de France, on observe la création de “classe de niveau”, fondée sur la réussite scolaire. Ainsi, la moitié de la ségrégation scolaire provient de la composition des classes, on parle de ségrégation active, où les établissements choisissent la mise en place de cette pratique. Dans ces situations, les élèves en difficultés se retrouvent souvent dans la même classe et inversement, dans des proportions qui sont au-delà du simple hasard.

Les choix par les parents les mieux informés, en raison de leur culture éducative, pour leurs enfants de filières, de langues vivantes et d’options sont des éléments qui favorisent la ségrégation au sein de l’établissement, les inégalités triplent ainsi entre la 6e et la 1ere.

C- Les solutions envisageables afin de lutter contre les inégalités sociales à l’école

  • Comment répondre aux inégalités, l’exemple du Programme Personnalisé de Réussite Educative

La grande majorité des élèves en décrochage sont issus des milieux défavorisés, comme nous l’avons vu. Afin de lutter contre les inégalités de réussite, l’enseignant et l’établissement scolaire peuvent apporter des réponses. L’objectif de l’enseignant est d’atténuer les inégalités  de réussite. Pour cela, certains programmes sont mis en place, c’est le cas du Programme Personnalisé de Réussite Educative (PPRE), mis en place depuis 2005 par l’éducation nationale. Ce programme a pour objectif de lutter contre le décrochage scolaire et d’atténuer les inégalités.

L’enseignant joue un rôle central car dans un premier temps, il repère les élèves en difficulté, leurs lacunes, leurs besoins. Ainsi l’enseignant peut établir un diagnostic, fixer les objectifs et les compétences que l’élève doit valider et lui en faire part. Ce programme permet ainsi de coordonner une prise en charge personnalisée de l’élève, qui sera accompagné par l’enseignant avec un programme adapté, pour répondre à ses besoins.

L’enseignant ne peut pas effacer les inégalités sociales, il peut seulement les atténuer, pour cela, il doit comprendre les origines des difficultés de l’élève, comme sa capacité de travail, ses problèmes sociaux. L’enseignant apporte un regard extérieur et professionnel sur la situation scolaire de l’élève, un regard qui doit être partagé avec la famille, afin d’établir un bilan et des solutions pour qu’il réussisse.

  • Quelles solutions pour lutter contre la ségrégation sociale à l’école ?

Pour lutter contre la ségrégation sociale à l’école, il faut accroître la mixité sociale dans l’enseignement secondaire. Cependant, les politiques publiques ne sont que peu efficaces pour remplir cet objectif. C’est au début des années 2000 que cette question entre dans le débat public faisant suite à la mise à jour des pratiques massives d’évitement de certains établissements scolaires défavorisées par les parents de catégories sociales moyennes ou supérieures.

Une des rares mesures officielles ayant pour but de contrer l’accroissement de cette ségrégation a été prise par Nicolas Sarkozy en 2007, elle vise alors à assouplir la carte scolaire dans le but d’égaliser les chances d’avoir accès à un établissement (collège ou lycée) de « qualité » pour tous. Cependant, cette réforme de la carte scolaire est un échec. En effet, cette politique a eu l’effet inverse, c’est-à-dire qu’elle a aggravé l’évitement des établissements les plus stigmatisés au profit d’établissements de profil moyen.

Par ailleurs, les spécialistes de la question proposent des pistes alternatives dont l’objectif est de contrebalancer les logiques d’évitement et de ségrégation scolaire. En effet, le sociologue Pierre Merle propose par exemple que les dotations financières des établissement scolaires soient articulées selon le profil des élèves qu’ils reçoivent.

D’autre part, l’économiste Eric Maurin invite les chefs d’établissement à revoir les critères de constitution des classes via des critères non arbitraires. Dans la même logique pour éviter que le choix de certaines options devienne des stratégies d’accès aux « meilleures classes » les chefs d’établissement pourraient par exemple regrouper les enseignements optionnels sur un même créneau horaire et ainsi rassembler les élèves durant le temps de l’enseignement optionnel.

 

Antonin.LeRoi

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