Le cyber-harcèlement en milieu scolaire : le rôle de l’enseignant.e

Cet article met en lumière les situations d’harcèlement dans le milieu scolaire et plus particulièrement le cyber-harcèlement qui s’est développé aussi rapidement que la nouvelle technologie.

Le cyber-harcèlement

Le harcèlement se définit comme une violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique. Cette violence se retrouve aussi au sein de l’école : elle est le fait d’un.e ou de plusieurs élèves à l’encontre d’une victime qui ne peut se défendre. Lorsqu’un.e enfant ou un.e adolescent.e est insulté.e, menacé.e, battu.e, bousculé.e ou reçoit des messages injurieux à répétition, on parle donc de harcèlement. Insidieusement, ces agressions répétées impactent sensiblement l’enfance et l’adolescence de près de 700 000 élèves environ, toutes catégories sociales confondues (source enquête victimation 2015 – DEPP).

De plus, le harcèlement se fonde généralement sur le rejet d’une différence quelle qu’elle soit et sur la stigmatisation de certaines caractéristiques (apparence physique, sexe, handicap, centres d’intérêts…).

Cependant, aujourd’hui le harcèlement, peu importe la forme qu’il revêt, est puni par la loi. Le Code pénal prévoit par exemple, dans son article 222-33-2, une peine de prison allant d’un à deux ans et une amende pouvant aller jusqu’à 30 000 euros pour les personnes jugées coupables de harcèlement moral (se définit comme toute conduite abusive et répétitive portant atteinte à la dignité et/ou l’intégrité physique ou psychique d’une personne).

Avec l’utilisation permanente des nouvelles technologies de communication (téléphones, réseaux sociaux, outils numériques), le harcèlement entre élèves peut désormais se poursuivre en dehors de l’enceinte des établissements scolaires. On parle alors de cyber-harcèlement. Il se défini comme « un acte agressif, intentionnel perpétré par un individu ou un groupe d’individus au moyen de formes de communication électroniques, de façon répétée à l’encontre d’une victime qui ne peut facilement se défendre seule ». Le cyber-harcèlement se pratique via les téléphones portables, messageries instantanées, forums, chats, jeux en ligne, courriers électroniques, réseaux sociaux, site de partage de photographies, etc. De ce fait, le cyber-harcèlement revêt un caractère permanent : les contenus diffusés peuvent rester en ligne même si le harcèlement cesse. Internet permet une diffusion massive et instantanée d’un contenu.  De plus le ou les harceleurs peuvent rester anonymes.

Le  5 novembre est la journée nationale de la lutte contre le harcèlement en milieu scolaire, et la journée internationale contre la violence et le harcèlement en milieu scolaire ainsi que le cyber-harcèlement, un phénomène qui touche près d’un.e élève sur trois dans le monde, et un.e élève sur dix en France.

Le cyber-harcèlement en milieu scolaire

                                                 

Le cyber-harcèlement en milieu scolaire se caractérise par des interactions néfastes en ligne produites par des élèves du même établissement scolaire de la victime et/ou d’un autre établissement scolaire. Il peut se définir comme dit précédemment par des violences verbales, physiques et/ou psychologiques. Ce phénomène reste toutefois « invisible » aux yeux du personnel enseignant car il s’exerce souvent en dehors du temps des élèves dans l’établissement. Toutefois, chaque situation est différente, mais il va bien souvent de pair avec le harcèlement scolaire. La victime vit non seulement le harcèlement au sein de l’établissement, mais le vit aussi en dehors à cause de la montée de l’utilisation des réseaux sociaux par les mineurs. En effet, selon les chiffres du Ministère de l’Education Nationale, de la Jeunesse et des Sports, en 2019, 2176 cas ont été signalés auprès des référents académiques, ainsi que 77 742 sollicitations du 3020 ont été effectuées. 

En 2020, suite au confinement et à la fermeture des établissements scolaires, le cyber-harcèlement a dramatiquement augmenté. La plateforme  d’écoute de l’Association e-Enfance (Net Écoute), une association pour la protection des mineurs sur Internet, a enregistré une augmentation de 30% des appels, générant deux fois plus de signalements aux plateformes. L’utilisation plus importantes des outils numériques ainsi que la fermeture des établissements scolaires ont entrainé une hausse des cyber-violences tel que le sextorsion (chantage sexuel à la webcam) , le revenge porn (se venger de son ancien.ne partenaire en diffusant des photos/vidéos dénudées et personnelles de cette personne) ou une nouvelle tendance, les comptes « Fisha » qui sont créés pour dégrader l’image d’une personne, souvent au moyen d’images ou vidéos intimes.

Selon l’article d’Eric Debarbieux, « Climat scolaire : définitions, effets et politiques publiques », l’auteur établit la notion de boucle rétroactive en établissant un lien avec l’influence de la qualité des apprentissages sur le climat scolaire, qui lui-même agit sur les apprentissages. Debarbieux, étant professeur à l’Université Paris Est et pédagogue connu pour son œuvre sur les violences scolaires, son article instaure de ce fait un argument d’autorité à lui seul. Cependant, les deux derniers éléments de la boucle nous intéressent plus particulièrement comme étant deux des éléments clés pour le professeur pour identifier et repérer le harcèlement scolaire. En effet, le facteur d’insécurité au sein de l’établissement scolaire a un rôle majeur dans l’identification du mal-être de l’élève persécuté, ce qui peut aider l’enseignant à repérer la situation de harcèlement en contexte scolaire lorsqu’il n’est pas visible ni évident.

Que faire en cas d’harcèlement  ?

L’enseignant.e face au cyber-harcèlement 

Repérer

L’enseignant.e peut repérer le cyber-harcèlement en observant le comportement des élèves et repérer les élèves isolés des autres. En écoutant les propos tenus dans l’établissement scolaire, il peut repérer une victime ou un.e témoin, voir même un.e harceleur.se. Même si ce n’est pas toujours évident, la victime de cyber-harcèlement peut également se confier à l’enseignant.e ainsi que les témoins de la situation peuvent également informer l’enseignant.e de la situation. 

Signaler

Lorsque l’élève ou un.e témoin se confie à l’enseignant.e de sa situation. L’adulte informe l’élève victime qu’il va partager cette information avec la direction ou l’équipe ressource de l’école, qui assurera la gestion de cette situation et mettra en place le protocole contre le harcèlement. Par la suite, la direction ou l’équipe ressource recueille la parole de la ou des victimes, des témoins s’il y en a, des parents mais aussi de l’auteur des faits. Il est fortement recommandé de ne pas régler seul les situations de harcèlement, mais de privilégier le travail en équipe.

Accompagner

Le.a professeur.e, accompagné.e de l’équipe ressource peut orienter les élèves victimes de cyber-harcèlement vers une prise en charge (soins, soutien psychologique, conseil juridique). Il.elle peut également apporter une écoute à l’élève s’il en a besoin. L’aide aux victimes et son entourage est organisée par l’établissement ou la municipalité.

Non au harcèlement : comment accompagner les victimes de cyberharcèlement ? – YouTube 

Après l’enseignant.e, le rôle de l’école contre le cyber-harcèlement :

L’éducation aux médias et à l’information (EMI) a un rôle à jouer dans la lutte contre le cyber-harcèlement. L’EMI est présente tout au long de la scolarité de l’élève en interdisciplinarité.  Les enseignants peuvent s’appuyer sur les enseignements de pratique interdisciplinaire (EPI), du parcours citoyen, du socle commun ou de la plateforme PIX afin de mettre en place les EMI. 

« L’objectif d’une éducation aux médias et à l’information est de permettre aux élèves d’exercer leur citoyenneté dans une société de l’information et de la communication, former des « cybercitoyens » actifs, éclairés et responsables de demain. » (définition éduscol).

L’éducation morale et civique est un enseignement à part entière qui permet également d’aborder le cyber-harcèlement, grâce à la transmission  d’un socle de valeurs communes  tel que le respect de la personne et l’absence de toute forme de discrimination. Tout comme l’EMI, il permet de développer le sens moral, l’esprit critique, le comportement réfléchi de l’élève. L’EMC prépare à l’exercice de la citoyenneté et sensibilise à la responsabilité individuelle et collective. Ainsi, grâce à un meilleur accès à l’information, des mesures et des prises en charge adaptées, face au cyber-harcèlement, les victimes sont mieux accompagnées et les harceleur.seuses mieux sanctionné.es.

 

Sources :

https://www.education.gouv.fr/journee-nationale-de-lutte-contre-le-harcelement-l-ecole-307024

https://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/

lucille.lefebvre

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