Différentes modalités de travail pour pallier les difficultés scolaires

L’école est un lieu d’apprentissage où la difficulté est propre à l’apprentissage puisque pour qu’il y ait apprentissage, il faut se trouver dans une situation inconfortable nous poussant à franchir les obstacles que l’on rencontre. Bien qu’au cours de la scolarité chaque élève rencontre des difficultés auxquelles il doit faire face, certains n’acceptent pas cet inconfort ou sont peu accompagnés pour le dépasser. Pour ce faire, nous proposons différentes modalités de travail afin d’aider l’enseignant à pallier les difficultés rencontrées par les élèves, en favorisant l’apprentissage les uns avec les autres et les uns des autres avec le travail en collectif, en groupe, en binôme et en autonomie.

Pour avoir plus de renseignements :

Comment choisir les modalités de travail pour pallier les difficultés scolaires ?

En collectif

La situation impositive collective, qu’est ce que c’est ? 

Elle consiste à présenter des connaissances que chacun des membres doit s’approprier par une démarche intellectuelle individuelle. 

Différentes modalités possibles dont la situation impositive collective – organisation traditionnelle en classe – ont été regroupées et analysées par le document Différentes modalités de travail dans la classe. Il est dit notamment que « la situation impositive collective est la pratique la plus courante en classe et pourtant, c’est celle qui répond le moins à l’hétérogénéité des élèves. »

La situation impositive collective rend compte de plusieurs avantages : 

  • Élèves silencieux
  • Suivi du rythme prévu par l’enseignant plus facilement
  • Présence d’interaction entre élèves et enseignant
  • Expression devant un public (élève)
  • Aménagement de la séquence en fonction des difficultés observées dans les séances précédentes
  • Maîtrise de la classe plus facile

Mais cette situation de travail collectif a aussi des limites : 

  • Difficulté pour connaître l’implication de chacun dans la classe 
  • Inégalité dans l’implication de chacun
  • Dialogue enseignant/élève favorisé au détriment de l’interaction entre les élèves 
  • Difficulté pour l’enseignant de repérer les difficultés des élèves afin de mieux assurer la progression des apprentissages
  • Prime au plus rapide
  • Élèves dépendants de l’enseignant

Un des plus gros risque de la situation impositive collective en classe est de créer une dépendance des élèves vis-à-vis de l’enseignant, de ne plus dialoguer entre eux, et de ne rien s’autoriser sans l’avis de l’enseignement. (cf. Postures des enseignants et des élèves)

Rôle de l’enseignant dans cette pratique : 

  • Phase d’institutionnalisation : apporter les connaissances aux élèves
  • Aménager l’espace pour créer un climat favorable à la situation impositive et impliquer les élèves
  • Différencier : prendre en compte les besoins spécifiques de chacun et aménager la classe et les supports pour que chacun ait un accès favorable à l’apprentissage (Place des élèves dans la classe, support écrit imprimé…)
  • Expliciter les objectifs visés et construire avec les élèves le sens de l’apprentissage
  • Adapter le rythme d’apprentissage en fonction des observations faites lors des séances et des corrections d’exercices 

Quels outils ? 

  1. Le TBI (Tableau Blanc Numérique) : 
  • Son utilisation comme vidéo projecteur permet de projeter les supports pour les séquences (documents, vidéos, projection des productions des élèves, etc…)
  • L’intérêt des enfants est suscité : les enseignements sont rendus plus ludiques et stimulants
  • Le TBI offre une large surface de projection permettant de développer l’interactivité et la collaboration avec les élèves
  • Cet outil permet de familiariser les enfants à l’utilisation d’internet, d’un ordinateur (traitement de texte, mise en page, moteurs de recherche, etc…)
  • Une « mémoire de la classe » : les séances organisées avec le TBI peuvent être enregistrées par l’ordinateur, y compris les interventions des élèves. Cela permet à tout moment, si la leçon n’a pas été finie, de rafraîchir la mémoire de la classe, de visualiser une ancienne séance. 
  • Un gain de temps pour l’enseignant quant à la mise en œuvre de ses cours, la rédaction d’un énoncé, du cours. C’est surtout un temps « gagné » et où les élèves ne sont pas inattentifs. 
Vidéo sur les avantages du TBI

2. La webcam

  • Elle permet la projection d’illustrations, d’albums lors des lectures faites en classe, etc.

3. Les tablettes numériques

  • Les élèves peuvent travailler avec des tablettes numériques en fonction des activités proposées à tout moment de la journée. 
  • Le rapport des élèves face aux apprentissages changent : ils ne les subissent plus mais se les approprient. 
  • L’approche pédagogique est plus ludique pour les élèves.

Dans cette pratique l’enseignant prend une grande place, c’est pourquoi il doit veiller à varier les pratiques d’enseignement pour permettre une différenciation et rendre l’élève acteur de son apprentissage. L’enseignant doit jouer sur différents facteurs afin d’optimiser l’apprentissage et garder l’ensemble des élèves concentrés :

  • Faire varier son cours magistral par des durées et des supports différents (cf. L’enseignement varié)
  • Proposer des contenus suffisamment stimulant pour susciter l’intérêt de chacun
  • Varier entre les temps théoriques et pratiques

En groupe

Le travail de groupe rassemble des élèves qui travaillent sur une même tâche. Ils développent au cours de ce travail des compétences sociales.

C’est une conception de l’apprentissage qui favorise le conflit sociocognitif à partir de la confrontation des différents points de vue qu’ont les élèves. Le conflit sociocognitif peut générer un déséquilibre donnant naissance à de nouveaux savoirs ou représentations et peut permettre une entraide.

L’enseignant a recours à la constitution de groupe, d’une part pour varier les modalités de travail et rendre la manière de travailler plus attractive et d’autre part afin de favoriser la coopération, le débat, l’échange, entre les élèves tout en prenant en compte les difficultés de chacun. Ce sont des points préconisés par les instructions officielles notamment référencés dans le socle commun. Outre le domaine de la formation de la personne et du citoyen dans lequel on s’appuie sur l’expression de sa sensibilité, de ses opinions et le respect d’autrui, le domaine des méthodes et outils pour apprendre indique que « l’élève travaille en équipe » et sait que la classe est « un lieu de collaboration ». (Cf. SCCCC)  

Il existe différents types de groupes (le groupe classe a été vu précédemment), en voici les différents critères : 

Critères de formation ObjectifsAvantagesInconvénientsPlace de l’enseignant
L’hétérogénéitéChanger les représentations concernant le « statut » des élèves. Permettre à chacun de participer en apportant ses compétences et un soutien en cas de difficultésEntraide, coopération dans un but commun.
Chacun participe à sa manière en fonction de ses compétences
Trop forte hétérogénéité peut mettre en lumière les différences au niveau du degré de difficulté et créer des tensions Organiser au préalable les groupes en fonctions de caractéristiques : mélanger d’élèves forts et plus faibles, de filles, de garçons…
L’homogénéitéRegrouper des élèves ayant des besoins identiques ou des compétences communes, dans le cadre de la remédiation par exempleTravailler un même point d’une leçon à la même vitesseRéduction des attentes envers un groupement

Stigmatisation du groupe
Diriger l’atelier, les groupes pour reprendre une notion et met le reste des groupes en autonomie
L’amitiéAborder des sujets plus personnels pour les élèvesFaciliter les échanges, libérer la parole,
entraide plus facilement acceptable
Interactions peuvent dévier du sujet principal

Certains peuvent être exclus
Ramener les élèves sur l’objectif

Intégrer tous les élèves
L’intérêtRéunir des élèves qui partagent les mêmes intérêts quelles que soient les difficultésÉchanger autour de choses qu’ils aiment ;
Motivation élevée ;
Pas de focalisation sur les difficultés des élèves
Gestion de classe peut-être plus compliquée car les sujets sont diversApporter des ressources supplémentaires
BinômesRapidité de la constitution (voisin)Groupes hétérogènes avec tous les élèves concernésGroupes qui varient peu ;
Deux élèves en difficulté peuvent se retrouver bloqués 
Passer dans les rangs pour voir les échangent et apporter de l’aide
Le hasardPermettre aux élèves de mieux se connaître et faire de la classe un ensemble soudée.Tous les élèves finissent par travailler ensemble. Pas d’exclu, ni de distinction par rapport aux difficultésLes échanges et la cohésion du groupe peuvent être moins aisés si les élèves n’ont pas l’habitude de travailler ensemble.Mise en place :
– Compter
– Distribuer des cartes
– Tirer au sort
– Groupes avec caractéristiques communes.
Instaurer un climat de confiance

Activités pédagogiques complémentaires

Ce dispositif concerne un petit groupe d’élèves. Le groupe restreint d’élèves constitué peut être hétérogène et varie selon les semaines, en fonction des besoins spécifiques de plusieurs élèves. 

Actuellement, les APC (activités pédagogiques complémentaires) visent à travailler davantage la maîtrise du langage et de la lecture, sous formes d’ateliers ou de club lecture.

Les APC permettent de donner à chacun la possibilité de maîtriser les savoirs fondamentaux. Comme le précise la circulaire : « Tous les élèves peuvent être concernés par ces activités pédagogiques complémentaires, à un moment ou un autre de l’année scolaire, selon les besoins identifiés par leurs enseignants. »

Les intérêts :

Les limites : 

  • « APC ne relèvent pas du temps d’enseignement obligatoire pour les élèves » (Cf. circulaire) – donc nécessitent l’accord des parents
  • Le choix des horaires APC : 
    • prendre en compte contraintes locales
    • but : maximum d’élèves puissent en bénéficier
    • Certains élèves ne peuvent pas en bénéficier car aucune horaire ne convient à la famille
  • Veiller à ne pas enfermer définitivement un ou des élèves dans ce dispositif tout au long de l’année 
  • Ne pas réduire ce temps à un simple temps d’ « étude dirigée »
  • Ne pas proposer le même type d’action tout au long de l’année : faire en fonction des besoins
  • Ne pas multiplier les priorités : se focaliser sur un besoin à la fois
  • Actuellement, les APC ne sont que pour le domaine de la maîtrise de la langue et la lecture

L’investissement de l’enseignant : 

  • Obligation de service des professeurs : 36 heures d’APC/an (Cf. obligations de service et aux missions des personnels enseignants du premier degré)
  • Aider et accompagner les élèves qui rencontrent des difficultés dans leurs apprentissages
  • Choisir les modalités de groupe (sa taille et sa composition) 
  • Analyser des travaux d’élèves pour voir les besoins à travailler en APC 
  • En fonction des besoins, chercher et mettre en place de nouveaux ateliers qui peuvent faciliter l’apprentissage 
  • Préparer ce temps

Tutorat

Le mot tutorat vient du latin tueor et à sa racine tueri qui veut signifier « protéger, surveiller ». Le tutorat est une forme d’aide individualisée, une relation formative entre un tuteur et un apprenant (le tutoré). Nous nous penchons ici seulement sur le tutorat entre élève (pas d’adulte). Le tuteur est l’élève qui sert d’appui, de référence à l’apprenant. Il s’agit ici d’un apprenant qui en aide un autre. 

Quel tutorat ?

Il peut y avoir plusieurs systèmes de tutorat : 

  • difficultés notionnelles passagères essentiellement en Français (lecture) et Mathématiques (si les difficultés sont trop importantes l’enseignant doit prendre le relais ou éventuellement réfléchir à un PPRE ou autre BEP) 
  • difficultés d’organisation : l’élève est désordonné et peut avoir besoin d’un camarade qui lui « apprend » à s’organiser, ranger ses affaires… 

Nous nous intéresserons seulement au tutorat par rapport à des difficultés notionnelles passagères. 

La place de l’enseignant dans le tutorat ?

L’enseignant doit constituer les groupes de tutorat en fonction des aptitudes des « bons élèves » mais aussi en fonction des difficultés rencontrées par les élèves qui doivent bénéficier du tutorat. C’est-à-dire que l’élève tuteur doit avoir une bonne maîtrise de la notion qu’il va aborder avec le tutoré.

L’enseignant doit au préalable poser un cadre à son système de tutorat et veiller à ne pas créer une relation dominant – dominé entre les élèves, ce qui serait complètement contre productif. Pour cela, la meilleure solution est que chacun des élèves ait au moins une fois dans l’année l’occasion de passer dans chaque rôle, en fonction des capacités de chacun.

L’élève tuteur doit prendre conscience de son rôle, il est là pour aider le tutoré et n’est pas là pour lui donner les réponses. Par conséquent, la constitution des groupes est très importante. Les duos doivent être d’une compatibilité double, aussi bien au niveau des aptitudes que des attitudes : ils doivent être complémentaires.

Pour mettre en place ce système un bon climat de classe est forcément nécessaire et l’enseignant doit au préalable créer des conditions sociales favorables à ce type de pratique. 

Comment le mettre en place en classe ?

  • Expliquer les intérêts et les bénéfices (pour le tuteur mais aussi pour le tutoré) : permet de diversifier les modalités de travail, de développer l’entraide dans la classe… 
    bénéfices pour le tuteur : valorisation (de son travail, de son attitude, de son comportement, de sa maturité…), prend confiance en ses capacités, renforce son apprentissage en aidant un pair… 
    bénéfice pour le tutoré : motivation, nouvelle manière d’apprendre, de s’imprégner de la notion. 
  • Organiser avec les élèves : Quand le mettre en place ? Ponctuellement, tout le temps. Et où le mettre en place ? Endroit spécifique où les élèves tuteurs et tutorés se rendent ou élèves tuteurs et tutorés placés côte à côte.
  • Former les élèves : bien définir les rôles de chacun 
    Rôle du tuteur : demander ce qui pose problème ; expliquer, donner des indices mais sans donner la réponse ; encourager ; être patient ; s’assurer de la bonne compréhension
    Rôle du tutoré : dire ce qu’il ne comprend pas ; écouter ; être calme avec son tuteur ; faire des efforts et accepter de recommencer

Comment choisir le tuteur ?

  • Organisation de « formations tuteur » à travers plusieurs séances (cela peut rentrer dans le cadre des séances d’EMC) – Exemple de séances « formation tuteur »
  • Mise en place de brevets de tuteur (l’enseignant choisit donc les tuteurs en fonctions des réponses données par les élèves, tout en prenant en compte le niveau de l’élève). – Exemple du brevet de tuteur
  • Mise en place d’un système de ceintures de comportement, avec un cadre où un élève peut être susceptible de prendre le rôle de tuteur s’il atteint un certain niveau de ceinture (à chaque niveau de ceinture est attribué un nouveau droit à l’élève). – Exemple de ceintures de comportement
AvantagesLimitesPlace de l’enseignant 
– Interaction entre élèves
– Approche moins formelle que l’enseignant
– Tuteur : valorisation et consolidation de la maîtrise des savoirs et savoir-faire en les transmettant 
– Tutoré : bénéficier de nouvelles explications moins formelles 
– Tuteurs : difficultés à identifier les besoins réels des tutorés 
– Elèves « à risques » le recours à des tuteurs professionnels/adulte est préconisé
– Veiller à ne pas avoir la relation dominant/dominé
– Créer un climat de classe favorable
– Former les groupes tuteur/tutoré en fonction des difficultés 
– Expliquer le principe du tutorat (ce qui est attendu, que doit faire le tuteur…)
Avantages, limites et place de l’enseignant dans le tutorat

En autonomie

Le travail en autonomie est le travail que l’élève réalise seul, sans aide extérieur. Dans cette partie, on ne parle pas « d’être autonome » même si cela y contribue. Le travail en autonomie est souvent  mis en pratique dans les classes avec des plans de travail, où sont notées les différents exercices, ateliers, tâches à faire par l’élève.

Les intérêts du travail en autonomie
Les limites à prendre en compte
Les apports en lien avec le SCCCC
Place de l’enseignant dans le travail en autonomie

Conclusion

Ainsi, les différentes modalités de travail présentées (travail en groupe, en individuel avec l’autonomie et les APC, mais aussi le tutorat et la situation impositive collective) sont des pratiques utilisables chez l’enseignant pour permettre à sa classe d’entrer dans des conditions d’apprentissages optimales. Aucune ne doit être négligée puisqu’elles s’articulent toutes ensemble, en fonction des besoins des élèves.

En effet, la situation impositive collective transmet le savoir, mais engage une mise en pratique par l’autonomie, le groupe, ou bien le tutorat et peut encore se poursuivre avec les APC pour certains lorsque l’enseignant – en accord avec l’élève et sa famille – juge cela nécessaire.

Elles permettent, chacune, des apprentissages différents en fonction des objectifs visés par l’enseignant. Il apparaît donc nécessaire de varier les différentes modalités pour d’une part, intéresser les élèves et les rendre acteurs de leurs apprentissages et d’autre part, pour répondre aux besoins des élèves et permettre à ceux-ci de s’épanouir autour d’un climat qui leur est favorable.

Bibliographie

Bucheton, D. (2017). Posture des enseignants et des élèves. https://huit.re/Posture-enseignants-eleves

Leselbaum, N. (1982). Le travail autonome. La revue pédagogique française, pp. 9-23.

Vincent, J.F. (20 mars 2015). Travailler en équipe avec les élèves : quels groupes ? pour quelles activités ?.  https://huit.re/Modalites-de-groupes 

Site icem34 : https://www.icem34.fr/

Site Eduscol. Repères pour mettre en œuvre « les activités pédagogiques complémentaires ». https://huit.re/a-p-c

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