Autour de l’animation image par image, ou le stop-motion.

Technique choisie : L’animation image par image/ le stop-motion. Atelier de Pascal Bertrand

Le format PDF ne permettant pas d’inclure des images GIF animées, j’ai préféré publier l’intégralité de l’article sur le blog.

Lorsque j’ai commencé à rechercher et essayer des choses avec l’animation, je me suis d’abord tournée vers un logiciel de dessin numérique (Alchemy) avec une tablette graphique. J’ai dessiné grâce à l’outil « miroir » un oiseau qui bat des ailes, ainsi que le parcours du soleil dans un paysage très simple. J’ai assemblé les quelques images du mouvement décomposé avec Windows Live Movie Maker. (Pour plus de lisibilité je les ai par la suite recrées en format GIF avec le pendant gratuit de Photoshop, The GIMP. Cette manipulation est très simple à réaliser et me semble à la portée d’élèves de collège.)

Réaliser ces très courtes vidéos m’a fait prendre conscience du temps de réalisation que nécessite une très courte animation. En effet, il faut un nombre important d’images pour qu’une fois projetées rapidement, l’animation qu’elles forment dure suffisamment longtemps pour qu’on puisse la regarder confortablement. Avec un nombre trop réduit d’images, l’animation dure moins de 5 secondes et on ne peut pas en apprécier les qualités. Cette contrainte peut être un obstacle à l’utilisation de l’animation en classe d’arts plastiques.

L’animation est une technique très intéressante, le résultat est particulièrement satisfaisant car il garde une dimension « fascinante ». Même en ayant bien compris le phénomène de persistance rétinienne, le fait de l’expérimenter avec des images fixes que l’on a personnellement réalisées paraît avoir un côté « magique ».

Aujourd’hui lorsqu’on regarde un dessin animé ou un film d’animation au cinéma, on ne perçoit pas cette infinité d’images fixes qui le composent. On regarde un dessin animé sans réellement appréhender le travail immense qui a précédé sa projection. Le fait de s’essayer à la réalisation d’une courte animation permet d’avoir en tête que l’on est en train de voir des images fixes projetées très rapidement et d’être émerveillé par l’illusion de mouvement qui en résulte.

L’animation pose tout de même un certain nombre de problèmes et de difficultés. Tout d’abord, décomposer un mouvement n’est pas facile. De plus, de part la durée très courte de l’animation finale, la lecture en boucle m’apparaît comme incontournable. Il faut donc prendre en compte cette contrainte lors de la réalisation des images fixes.

Ici, les images ne permettent pas une lecture en boucle, le mouvement est trop court pour être perçu confortablement.

J’ai imaginé utiliser une vidéo qui servirait de base pour décomposer un mouvement. Avec un logiciel de montage vidéo il est possible d’extraire des images fixes. C’est ce que j’ai fait avec une vidéo de mon chat en train de se déplacer. J’ai ensuite « décalqué » les images une par une (un peu moins d’une trentaine) sur The GIMP.Le résultat est satisfaisant mais est-il intéressant, au-delà du plaisir visuel que créent le mouvement fluide et une animation anatomiquement juste, puisque calqués sur le réel ? Ce que j’apprécie dans cette animation, c’est le décalage entre le mouvement réaliste et le dessin qui s’affirme en tant que tel, sans essayer de produire un effet d’imitation du réel.

 

A ce stade de mes recherches, j’avais du mal à voir comment aller plus loin. Mais j’ai eu l’occasion de travailler avec une classe de CLIS. Dans le cadre d’un travail avec la Baie des Livres, l’enseignante souhaitait réaliser de courtes animations avec ses élèves autour d’acrostiches qu’ils avaient écrits. J’ai donc préparé avec elle une séance autour de cette technique et je suis intervenue une journée dans sa classe. Ses élèves étant jeunes et peu habiles en dessin, il était difficile d’envisager des vidéos en dessin animé. Nous avons donc décidé de travailler en stop motion avec des formes géométriques découpées dans du papier ou du plastique, des lettres de scrabble et du papier plié.

Une rencontre sportive avait lieu le jour que nous avions choisi pour réaliser les vidéos, ce qui tombait très bien car cela nous a permis de travailler avec des petits groupes. Nous avions donc 4 élèves le matin et 4 élèves l’après-midi. Avant de travailler numériquement, nous avons fait réaliser rapidement aux élèves un thaumatrope. Nous leur avons proposé de représenter un oiseau dans une cage mais certains ont choisi de leur propre chef un poisson dans un aquarium. Tous les thaumatropes ont été réussis.

Cette expérience ancrée dans la réalité d’une classe m’a permis de voir ce qui pouvait poser problème aux élèves mais surtout, contrairement à ce que à quoi je m’attendais, ce qui ne leur posait pas de problèmes. Les thaumatropes fonctionnaient et les élèves ont compris très vite, avant qu’on explique quoique ce soit que la vitesse expliquait l’illusion. Cependant, je ne suis pas certaine qu’ils aient bien compris le lien avec le travail suivant.

Les élèves ont été séparés en deux groupes de deux et se sont installés sur les deux postes de travail disponibles dans la classe. Un élève était chargé de prendre la photo grâce au logiciel Stop-Anime et à la webcam reliée à l’ordinateur tandis que l’autre déplaçait étape par étape les formes géométriques ou pliait l’origami. (Les rôles été échangés au cours de la réalisation.) Dans chaque vidéo, environ 50 images ont été nécessaires. Ce temps de prise de vues s’est déroulé sans accroche, les élèves étaient appliqués et étaient attentifs à ne pas laisser une main apparaître sur l’image (on voit tout de même qu’une ou deux ont pu leur échapper.) Le logiciel Stop-Anime est réellement facile en terme de prise en main par des élèves, en quelques manipulations la vidéo est créée. Le logiciel permet de voir en transparence de l’image en direct, l’image précédente. Ainsi il est facile d’appréhender le déplacement d’une image à l’autre et de rattraper un coup maladroit dans la table. En une séance d’environ 3h, il a été possible de créer 2 petites vidéos. Certes, travailler en stop-motion avec une webcam avec un nombre réduit d’élève a permis de réduire le temps nécessaire à la réalisation, mais cette expérience m’a rassurée. Je craignais que ce ne soit trop chronophage et fastidieux pour être mis en place en classe, il s’avère que c’est tout à fait possible.

Les animations présentées ici ne sont qu’une étape dans leur travail, depuis ils les ont retouchées, ont ajouté en audio la lecture des acrostiches par les élèves et on fait le montage de la vidéo rassemblant les 4 animations, avec un titre et un générique.Bien que ce ne fut pas avec une classe de collège, ce travail avec des élèves de CLIS a vraiment fait partie de l’avancée de mes recherches.

Selon moi, il pourrait être intéressant d’aborder la technique de l’animation et du stop-motion avec des élèves de 5 ème ou de 4ème. En effet le programme de 5ème amène la notion de narration : « Les situations permettent aux élèves de fabriquer des images de fiction. Les élèves sont amenés à : – Construire une narration à partir d’une ou plusieurs images (story-board, bande dessinée, film) ». On pourrait imaginer demander aux élèves d’écrire un court scénario et de le retranscrire en story-board avant de réaliser une courte animation en stop-motion. Ici, l’animation serait un outil utilisé au service de la narration. Le programme de 4ème est orienté vers l’image en mouvement : « Le travail portera sur des images fixes et animées, analogiques ou virtuelles. L’étude du temps et du mouvement, réels ou suggérés, contribuera à élargir aux pratiques photographiques, cinématographiques, vidéographiques, numériques et au volume. » L’animation me paraît être particulièrement adaptée pour travailler autour de l’image entre mouvement réel et mouvement suggéré. Un travail autour des possibilités de mise en mouvement et des qualités plastiques des techniques du stop-motion et du dessin animé me semblerait plus intéressant que leur utilisation en tant qu’outil narratif. Peut-être pourrait-on envisage une séquence autour du mouvement qui aboutirait à un travail qui hybriderait une technique traditionnelle et l’animation numérique, le mouvement suggéré par des stratégies graphiques et le mouvement « réel » amené par l’animation.

Dans tous les cas, l’animation permet d’aborder l’histoire du cinéma et du dessin animé. Pour cela, il est possible de convoquer les travaux de Muybridge, contemporains de l’invention du cinéma par les frères Lumière.


Dynamisme d’un chien en laisse de G.Balla apporte une autre modalité de suggestion de mouvement dans une image fixe.


 

Plus récemment, Ryan Woodward propose dans sa vidéo Thought of you visible sur Youtube à cette adresse : https://www.youtube.com/watch?v=OBk3ynRbtsw un mélange efficace entre l’image dessinée et la mise en mouvement grâce à l’animation.

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